« Les forces du marché, qu’on croyait régulatrices, ont en réalité généré de nouvelles dépendances »

L’ancien dirigeant industriel Alain Gaubert souligne, dans une tribune au « Monde », que la fragilité des chaînes d’approvisionnement tient autant à l’absence de stratégie industrielle nationale ou européenne qu’à la mondialisation.

Publié le 22 mai 2020 à 13h00 - Mis à jour le 22 mai 2020 à 13h21 Temps de Lecture 2 min.

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Tribune. L’épidémie due au coronavirus a clairement mis en lumière la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Que l’un des maillons de cette chaîne vienne à connaître une défaillance et nous voilà brutalement dans l’incapacité de fournir un produit, une automobile, un médicament.

Le monde politique et industriel s’en est ému et a indiqué que des mesures de rapatriement en Europe ou en France seraient prises rapidement. Cette fragilité des chaînes d’approvisionnement pose plus largement le problème de la dépendance stratégique de la France, et même de l’Europe.

Mais sommes-nous dépendants par le seul fait de ne pas disposer d’un produit ou d’une technologie seulement parce qu’elle n’est pas disponible hors de nos frontières ? La réponse est assurément non.

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Même en France, des technologies, des savoir-faire, des produits risquent une indisponibilité, voire une disparition, pour plusieurs raisons, lorsque les volumes d’activités industrielles sont insuffisants pour que leur viabilité économique soit assurée. Telle PME ayant développé une technologie dont les débouchés européens ne permettent pas le développement d’une masse critique d’activité est susceptible de disparaître si la demande et la commande publique sont insuffisantes.

Nucléaire, spatial, numérique

Ce cas est également préoccupant lorsqu’il s’agit, non plus d’une PME, mais d’un grand groupe industriel qui juge une activité non rentable et préfère s’en défaire. D’autres cas d’abandon de technologies sont également préoccupants : les délocalisations font perdre la mémoire industrielle de procédés, par exemple. Ces types de rupture potentielle de la chaîne d’approvisionnement sont nombreux et mettent en danger nos industries tout autant que l’indisponibilité d’un produit quand la Chine s’arrête.

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L’identification des dépendances des chaînes d’approvisionnement est donc absolument nécessaire, au-delà des dépendances de nature géographique ou politique. Elles auraient dû être l’objet d’une attention particulière depuis longtemps. Il n’est jamais trop tard.

Il ne s’agit donc pas seulement de relocaliser les fabrications – pourvu qu’il nous soit possible de le faire –, ce qui n’est déjà pas si simple dans un système profondément libéral et mondialisé. Il s’agit de dépendances que les forces du marché qu’on croyait régulatrices ont en réalité généré.

Faute, pour l’Etat ou les instances européennes, d’une politique industrielle proactive, faute d’anticiper la défaillance de certaines activités et faute de prendre des mesures pour les sauvegarder, la France et l’Europe seront également incapables de mettre en œuvre certaines de leurs politiques de souveraineté. Ce danger est particulièrement prégnant dans les secteurs de pointe français : le nucléaire, le spatial, le numérique, et sans doute dans bien d’autres domaines.

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