Pierre Khalfa : « L’annulation des dettes publiques détenues par la BCE n’aurait aucune conséquence économique »

En réponse à Jean Pisani-Ferry, l’économiste Pierre Khalfa assure, dans une tribune au « Monde », que l’annulation de la dette relève d’un choix politique et ne dépend par conséquent en rien d’une impossibilité économique.

Publié le 20 mai 2020 à 06h00 - Mis à jour le 20 mai 2020 à 07h07 Temps de Lecture 3 min.

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Devant le siège de la Banque centrale européenne, le 5 mai à Francfort (Allemagne).
Devant le siège de la Banque centrale européenne, le 5 mai à Francfort (Allemagne). MICHAEL PROBST / AP

Tribune. L’économiste Jean Pisani-Ferry, dans sa chronique au Monde du 16 mai « Annuler la dette, c’est toujours en transférer le fardeau à d’autres », s’en prend à celles et à ceux qui préconisent que la Banque centrale européenne [BCE] pourrait sans dommage aucun annuler les dettes publiques qu’elle détient. Rappelons que, à la suite de sa politique d’achat de titres publics, la BCE, par l’intermédiaire des banques centrales nationales, détient un pourcentage important de la dette publique des Etats membres de la zone euro.

Il note à juste titre que, face à l’effondrement économique qui nous guette, « ce n’est pas le moment de précipiter le retour à l’orthodoxie budgétaire » – mais y a-t-il jamais un bon moment ? – et qu’actuellement, étant donné les taux d’intérêt, « le coût de l’endettement est nul ». Il pointe aussi cependant que, au vu des différentiels de capacité à emprunter, « l’Europe risque un nouveau cercle vicieux au gré duquel les Etats les plus fragiles affaiblissent leurs économies et donc leur base fiscale ».

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Que faut-il faire dans cette situation ? Jean Pisani-Ferry ne nous le dit pas et concentre son tir contre les tenants d’une annulation des dettes publiques par la BCE. Reprenons son argumentation. Il indique que l’annulation-restructuration de la dette « n’est pas mortelle, mais elle est douloureuse parce qu’elle appauvrit les épargnants, détruit les banques et dégrade la réputation financière du pays ».

Annuler les obligations d’Etat détenues par la BCE

On pourrait mégoter sur le fait que les banques se sortent toujours assez bien d’une restructuration de la dette et que nous ne parlons pas ici d’un pays isolé mais d’une des principales zones économiques mondiales. Là n’est cependant pas l’essentiel, car Jean Pisani-Ferry fait comme s’il s’agissait là d’annuler immédiatement toute la dette publique, ce qui évidemment aurait des conséquences sur les épargnants qui ont souscrit des contrats d’assurance-vie en fonds en euros.

Mais ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit puisque la proposition est d’annuler, par un moyen ou un autre, les obligations d’Etat détenues par la BCE, pas par les épargnants. Après avoir tenté de nous faire frissonner à l’évocation de leur ruine, Jean Pisani-Ferry est bien obligé d’aborder quand même cette proposition. Son opposition s’appuie sur deux arguments assez curieux.

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Le premier tient au fait que si la BCE annule la dette publique qu’elle possède, les Etats se priveraient, « pour un même montant, du flux des futurs dividendes qui leur reviennent aujourd’hui par les banques centrales » et, nous dit-il, « ils ne seraient à l’arrivée ni plus riches ni plus pauvres ». Mais d’où proviennent ces dividendes ? La BCE, dans la pratique les banques centrales nationales, possède des titres publics sur lesquels l’Etat paie des intérêts. Mais elle rembourse aux Etats la quasi-totalité des intérêts qu’ils ont versés sur ces titres. C’est donc une opération à somme nulle et l’annulation de la dette par la BCE n’y changera rien.

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