Elections américaines 2020 : l’immense défi de Joe Biden

Editorial. L’ancien vice-président de Barack Obama défendra donc les couleurs du Parti démocrate face à Donald Trump lors de la présidentielle de novembre. Il devra attirer les sympathisants de Bernie Sanders qui, s’il a dû renoncer, apparaît comme le vainqueur sur le terrain des idées.

Publié le 10 avril 2020 à 12h53 - Mis à jour le 10 avril 2020 à 13h49 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». La troisième tentative a été la bonne pour Joe Biden. A 77 ans, l’ancien vice-président de Barack Obama, déjà candidat en 1988 et en 2008, a officiellement remporté la course à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine. Il aura la lourde tâche d’affronter Donald Trump en novembre. Le dernier obstacle a été levé, avec l’abandon, mercredi 8 avril, de Bernie Sanders. Le sénateur indépendant du Vermont s’est heurté à un vote utile en faveur de son adversaire, particulièrement au sein de l’électorat afro-américain. Pour autant, Joe Biden n’a pas encore levé toutes les interrogations qui pèsent sur sa capacité à rassembler une coalition apte à défaire dans les urnes un président sortant résolument arrimé au pouvoir.

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Paradoxalement, le vainqueur de la primaire démocrate n’a pas gagné la bataille des idées. C’est au contraire Bernie Sanders qui a triomphé sur ce terrain, perdant pourtant sur celui de la stratégie électorale. Les électeurs ont souvent plébiscité les propositions du sénateur indépendant, notamment la création d’une sécurité sociale universelle pilotée par l’Etat fédéral, sujet qui trouve une nouvelle dynamique avec la crise du coronavirus. Mais ils ont également considéré que l’intransigeance du « démocrate socialiste » partisan d’une « révolution politique » – pour ne pas mentionner certaines de ses prises de position passées sur l’Union soviétique et ses épigones – en faisait un moins bon messager pour l’élection de novembre.

Guère le choix

Face à la machine trumpiste, alors que le Parti républicain a élevé au rang d’art la neutralisation du vote des minorités sociales qui lui sont défavorables, Joe Biden n’a guère le choix. Il lui faut conserver à tout prix les électeurs modérés des zones périurbaines, révulsés par la personnalité du président sortant. Ces électeurs ont permis aux démocrates de prendre le contrôle de la Chambre en novembre 2018 et de peser aujourd’hui sur le contenu des plans de relance rendus nécessaires par la crise sanitaire.

Mais l’ex-vice-président doit également attirer les sympathisants de Bernie Sanders, et notamment la génération sacrifiée de la crise des subprimes, en 2008. Ces jeunes électeurs ont soutenu massivement le sénateur du Vermont et refusent à juste titre un statu quo dont ils se sentent victimes depuis plus d’une décennie.

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Joe Biden n’a pas attendu le renoncement de Bernie Sanders pour s’adresser à eux de manière appuyée. Il ne s’est d’ailleurs pas contenté de mots, puisqu’il a déjà modifié son programme à la mi-mars pour proposer un plus grand accès aux études supérieures pour les classes défavorisées. Jeudi, il a également promis la suppression des dettes étudiantes pour les faibles revenus et les classes moyennes. Il a enfin suggéré d’étendre le programme fédéral de couverture santé Medicare en abaissant le seuil d’éligibilité de 65 à 60 ans.

Cette réactivité est à noter, même si Joe Biden devra certainement aller plus loin pour vaincre les réticences que son centrisme alimente à gauche, notamment sur la question lancinante des profondes inégalités américaines face à la maladie.

Le choc provoqué par la pandémie, tout comme la déflagration économique sidérante qu’elle entraîne, peut devenir une occasion favorable pour l’ancien vice-président : elle rend en effet audible, voire indispensable, l’audace pour laquelle plaidait inlassablement Bernie Sanders. Il appartient désormais à Joe Biden de démontrer qu’il a été trop souvent sous-estimé et qu’il est capable de s’élever à la hauteur de la situation.

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