« Dans les pays occidentaux, la lutte contre le Covid-19 nous tire à gauche »

L’heure est au retour massif de la puissance publique dans les démocraties occidentales. Face au choc économique provoqué par la pandémie, ce sont les remèdes sociaux-démocrates qui sont mis en avant, pas ceux du marché, explique, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».

Publié le 10 avril 2020 à 00h50 - Mis à jour le 10 avril 2020 à 06h53 Temps de Lecture 4 min.

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Comme d’autres instituts d’émission, la Banque centrale européenne fait marcher la planche à billets. Christine Lagarde, sa présidente, le 12 mars.
Comme d’autres instituts d’émission, la Banque centrale européenne fait marcher la planche à billets. Christine Lagarde, sa présidente, le 12 mars. RALPH ORLOWSKI / REUTERS

Rôle renforcé du gouvernement dans la vie économique. Retour probable des nationalisations ou prises de participation publiques dans nombre de secteurs d’activité. Revalorisation comme jamais de l’importance des investissements publics. Mise entre parenthèses, sans doute durable, de toute limite aux déficits budgétaires et relative indifférence à l’explosion de la dette. Importance accrue attachée à l’environnement. Extension des domaines dits stratégiques à la santé publique et à l’agroalimentaire. Prise de conscience, s’il en était besoin, de l’importance vitale des métiers dits « petits » – et de l’obscénité de leur niveau de rémunération. Dans les pays occidentaux, la lutte contre le Covid-19 nous tire à gauche.

La question est de savoir s’il s’agit simplement de la réponse conjoncturelle à un choc économique historique ou bien s’il s’agit de l’amorce d’un de ces changements en profondeur qui ponctuent la vie du capitalisme.

Les historiens de l’économie diront s’il a fallu qu’une chauve-souris transmette un sale virus à un pangolin, destiné à finir dans l’assiette de gastronomes chinois, pour qu’on puisse dater le passage d’une ère économique à une autre : la fin de quarante années de néolibéralisme en Europe et aux Etats-Unis et l’esquisse du début d’autre chose. Mais quoi ?

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Face à la catastrophe, l’acteur principal, c’est l’Etat-providence, pas le marché. Laissons de côté, un moment, la question des libertés publiques, que malmène la priorité accordée à la santé, pour ne considérer que la vie économique et sociale.

L’heure est au retour massif de la puissance publique. Le gouvernement n’est plus le « problème », comme on disait au temps du thatchéro-reaganisme, mais la « solution ». La pensée dominante qui anime, aux Etats-Unis comme en Europe, les recettes avancées pour lutter contre la catastrophe appartient à la famille social-démocrate. Paradoxe ou ruse de l’histoire : il reviendra le plus souvent à des gouvernants de droite ou de centre droit d’appliquer ce programme commun – ou presque – de la gauche !

Le monde n’a pas fini d’être « global »

On ne se risquera pas à signer la mort de la « mondialisation », ou alors seulement d’un certain type de globalisation économique. La mondialisation se régionalise sans doute. La part des échanges extérieurs dans la création de richesse diminue depuis plusieurs années déjà. Mais, portée par la technologie, la fluidité des échanges restera. L’ouragan Covid-19 le montre : le monde n’a pas fini d’être « global ».

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