Aucun scrutin ne peut se tenir tant qu’il met les électeurs en danger

Dans plusieurs pays, le processus électoral est perturbé par la pandémie. Les décisions de maintien ou de report du scrutin prises sans consensus politique sont dangereuses pour la démocratie.

Publié le 09 avril 2020 à 11h29 - Mis à jour le 09 avril 2020 à 14h46 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». Les urnes ou la vie. Jamais encore un tel dilemme ne s’était posé en temps de paix aux électeurs des pays démocratiques. La crise due au Covid-19 et l’extension des mesures de confinement conduisent les gouvernements à s’interroger sur la tenue des scrutins prévus dans les mois à venir.

La Pologne, sous l’impulsion du parti nationaliste Droit et justice (PiS) au pouvoir, a choisi une voie très contestable pour maintenir à tout prix l’élection présidentielle prévue le 10 mai. Celle-ci se présente très favorablement pour le candidat du PiS, le président sortant Andrzej Duda, dont la position serait en revanche plus précaire si l’élection était reportée de quelques mois avec, en arrière-plan, une crise économique liée à la pandémie. Le chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski, a donc fait voter lundi 6 avril par les députés une modification du code électoral permettant l’organisation du scrutin par correspondance en mai, pour éviter la contamination dans les bureaux de vote.

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C’est la Poste qui serait chargée de l’organisation de ce vote, à la place de la commission électorale. Coïncidence : le président de la Poste vient d’être limogé et remplacé par le vice-ministre de la défense. L’opposition crie au « coup d’Etat » et la polémique a provoqué des remous jusque dans la majorité. Si elle est confirmée par le Sénat, cette opération constituera un nouvel accroc à la démocratie en Pologne.

Taux d’abstention record en France

Première à affronter le problème avec les élections municipales de mars, la France a, elle aussi, maintenu le premier tour, le 15 mars, pour des raisons inverses. Le pays était en train de basculer dans le confinement. Trois jours plus tôt, le président de la République avait envisagé de reporter le scrutin. Un décret et, à sa suite, un projet de loi étaient prêts, mais Emmanuel Macron n’a pas osé les utiliser, faute de consensus politique : le chef du parti Les Républicains, Christian Jacob, évoquait « un coup de force institutionnel » et une « utilisation de la crise sanitaire pour éviter une débâcle électorale ».

Après coup, l’opposition a affirmé avoir été mal informée par l’exécutif sur la gravité de la menace épidémique. Au bout du compte, ce sont les électeurs qui ont, par un taux d’abstention record, appelé leurs représentants à la raison. Le second tour a été repoussé, cette fois dans le consensus. Nul ne sait à ce jour quand il se tiendra.

Aux Etats-Unis, où la pandémie a fait irruption en pleine saison des élections primaires en vue de l’élection présidentielle du 3 novembre, c’est la confusion. La primaire démocrate du Wisconsin, mardi, a tourné à la foire d’empoigne juridique entre gouverneur démocrate, majorité républicaine au Congrès local, juges conservateurs locaux et même Cour suprême fédérale, les uns voulant reporter le vote, les autres le maintenir. Le scrutin s’est finalement tenu contre la volonté du Parti démocrate et en l’absence de volontaires en nombre suffisant pour encadrer le vote. Cet épisode pose inévitablement des questions sur les conditions dans lesquelles la campagne électorale peut se poursuivre.

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La pandémie impose des restrictions exceptionnelles aux démocraties. Si important soit-il, aucun scrutin ne peut se tenir tant qu’il met les électeurs en danger. Pour que la démocratie résiste, il importe que toute décision de report soit débattue à intervalles réguliers, dans le plus grand consensus possible, sous le contrôle du Parlement et des juridictions constitutionnelles.

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