« Il faudra se résoudre à ce que, la crise passée, la dette injectée dans l’économie n’aura pas à être remboursée »

L’avocat Frédéric Peltier plaide, dans une tribune au « Monde », pour l’annulation multilatérale de la dette contractée pour affronter la pandémie, à travers l’organisation d’un nouveau Bretton Woods, espérant que le droit international prendra l’ascendant sur les marchés financiers.

Par Publié le 04 avril 2020 à 08h00

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Tribune. Le président de la République et ses ministres après lui ont affirmé que le gouvernement soutiendrait « quoi qu’il en coûte » l’économie dont il a été ordonné l’arrêt par pans entiers. L’argent vaut donc moins que la vie humaine aux yeux d’Emmanuel Macron. Pour d’autres, comme le président des Etats-Unis ou celui du Brésil, l’échelle des valeurs n’est pas aussi claire. Derrière leurs discours justifiant que la crise économique pourrait faire plus de victimes que la crise sanitaire, c’est encore la loi du marché qui prédomine sur la loi de la République. Peut-être seront-ils peu à peu rattrapés par la réalité de la fragilité humaine…

Quelles que soient les nuances sur la nécessité du confinement qui finalement s’impose à tous, les politiques publiques de soutien à l’économie convergent sur l’utilisation massive de la création monétaire pour éviter l’effondrement. En effet, dans une période de crise majeure et sans précédent telle que celle qui nous oblige à demeurer enfermés dans un cercle le plus restreint possible, l’argent n’a plus d’autre valeur que d’être l’instrument permettant de préserver des perspectives, alors que personne n’est en mesure de savoir quand ce virus sera vaincu.

Un instrument d’espoir

L’argent n’est plus un instrument d’échange, c’est un instrument de survie, et donc d’espoir. Jamais l’expression « le temps c’est de l’argent » n’a été aussi à propos qu’aujourd’hui. C’est au travers de la dette et de la capacité des Etats et des banques centrales d’alimenter les acteurs économiques en liquidités, et en particulier les entreprises, que l’espoir leur est permis de tenir pendant le confinement et pouvoir envisager de redémarrer leurs activités ensuite.

Le pouvoir de battre monnaie, symbolisé par la planche à billets, est une prérogative essentielle de la puissance publique. Lorsque l’on attend des Etats qu’ils sauvent leur peuple d’un péril grave, réfléchir au coût monétaire, c’est prendre le problème à l’envers, car la monnaie devient l’instrument ultime de gestion de la crise. Comme les respirateurs artificiels qui manquent cruellement, il ne faut pas compter l’argent, respirateur artificiel de l’économie à l’arrêt.

Mais qu’adviendra-t-il de cette dette ?

Il faut être réaliste, qu’elle soit baptisée ou non « coronabonds », cette dette n’a aucune valeur, car l’argent qu’elle représente ne produit rien. Sa valeur humaine et sociale pourtant essentielle pour éviter l’effondrement n’est pas valorisée par le marché. On sort du logiciel du libéralisme financier qui s’est imposé depuis plusieurs décennies. L’orthodoxie qui faisait consensus sur les marchés financiers, tel le fameux 3 % de déficit budgétaire ou la limite de 100 % du produit intérieur brut (PIB) pour la dette publique, a été balayée.

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