Vaincre le Covid-19 suppose d’aider l’Afrique

Editorial. Les pays développés, et en premier lieu les Européens, ne sortiront pas du cauchemar si le virus continue de prospérer à leurs portes faute d’une solide coopération internationale.

Publié le 31 mars 2020 à 11h17 Temps de Lecture 2 min.

Devant un point de distribution alimentaire, à Johannesbourg, le 30 mars.
Devant un point de distribution alimentaire, à Johannesbourg, le 30 mars. Themba Hadebe / AP

Editorial du « Monde ». Alors que les pays développés sont tournés vers eux-mêmes, tout entiers mobilisés contre une pandémie dont ils se croyaient à l’abri, à l’heure des angoisses collectives et des plans de sauvetage financiers désespérés, l’Afrique risque, plus encore que d’habitude, de disparaître des écrans radars. Ce serait une lâcheté doublée d’une lourde prise de risque.

Dès la mi-février, Bill Gates, dont la fondation est consacrée à la lutte contre les épidémies en Afrique, avait prévenu dans l’indifférence générale : sur ce continent, le Covid-19 sera « plus grave qu’en Chine » et pourrait causer la mort de plus de 10 millions de personnes. Peu de gens ont pris au sérieux son sombre avertissement. De même que les Européens ont longtemps vu le coronavirus comme une affaire chinoise, les Africains s’en sont crus épargnés, certains y voyant même une « maladie de Blancs ».

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Or Cassandre avait vu juste : 46 pays africains sont aujourd’hui touchés par le Covid-19. Lundi 30 mars, 4 756 cas positifs y ont été déclarés et 146 décès recensés. 57 millions de Sud-Africains, 20 millions d’habitants de la tentaculaire Lagos (Nigeria) sont astreints au confinement. Des mesures restreignant les déplacements allant jusqu’à l’état d’urgence ont été décrétées du Sénégal au Zimbabwe et du Maroc au Rwanda.

Sous-équipement sanitaire

Mais que peut signifier le confinement pour les nombreux Africains réduits à une économie de survie, obligés de gagner dans la journée, au prix de déplacements, ce qu’ils mangeront le soir même ? « Si vous prenez des mesures qui affament la population, elles finiront par être bafouées sans permettre d’atteindre les objectifs », a résumé le président du Bénin, Patrice Talon. Certes, l’information sur les gestes barrières peut, comme ailleurs, permettre de ralentir la contagion. Surtout sur un continent récemment éprouvé par le virus Ebola qui, en 2014-2015, a fait 11 000 morts au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée.

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L’inquiétude est cependant nourrie par le dramatique sous-équipement sanitaire de l’Afrique subsaharienne, qui ne compte que 1 médecin et 10 lits d’hôpital pour 10 000 habitants, contre 36 médecins (32 en France) et 51 lits (61 en France) dans l’Union européenne. L’Afrique, qui concentre déjà près de 25 % des malades les plus lourds (tuberculose, malaria et VIH) de la planète, ne représente que 1 % des dépenses mondiales de santé. L’hécatombe qui s’annonce risque d’être aggravée par les conflits en cours, qui redoublent au Sahel et en Libye, et par les catastrophes sociales consécutives à la paralysie des industries extractives et des activités informelles.

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Certes, l’Afrique relèvera ce nouveau défi d’abord par une mobilisation de ses sociétés civiles. Mais les Européens, sidérés par leur propre situation, doivent trouver les moyens d’épauler le continent voisin s’ils veulent éviter de subir les contrecoups d’un ébranlement sans précédent. « La maladie reviendra du Sud vers le Nord. Alors, c’est dans l’intérêt des pays du Nord de faire cet investissement massif en Afrique », avertit Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU. La question de l’annulation des dettes bilatérales et de la suspension des remboursements dus au FMI doit être posée.

Les pays développés ne sortiront pas du cauchemar si le virus continue de prospérer à leurs portes faute d’une solide coopération internationale. En attendant le « système de santé mondial » cher à Bill Gates, c’est bien d’une stratégie sanitaire commune que l’Europe a besoin pour remédier aux faiblesses des Etats africains.

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Le Monde

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