« La crise du coronavirus montre que le régime économique et social actuel est mortifère »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Pierre Khalfa réagit à celle publiée par le Prix Nobel d’économie français Jean Tirole et estime que c’est « le mode de développement induit par le capitalisme productiviste » qui est aujourd’hui responsable de la crise économique planétaire.

Publié le 30 mars 2020 à 15h00 - Mis à jour le 31 mars 2020 à 09h09 Temps de Lecture 4 min.

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« Il ne s’agit donc pas de s’attaquer à la consommation ostentatoire des plus riches et encore moins de transformer radicalement le mode de consommation. »
« Il ne s’agit donc pas de s’attaquer à la consommation ostentatoire des plus riches et encore moins de transformer radicalement le mode de consommation. » Peter Muller/Cultura / Photononstop

Tribune. Il semble que la crise sanitaire actuelle soit propice à des prises de position à première vue surprenantes. Après Emmanuel Macron, suivi par ses ministres, faisant l’éloge de l’Etat-providence et des services publics et affirmant que le jour d’après ne ressemblerait pas au jour d’avant, voici le Prix Nobel d’économie (2014) Jean Tirole qui, dans un point de vue dans Le Monde (« Allons-nous enfin apprendre notre leçon », Le Monde du 26 mars), appelle à un changement de comportement et de politique.

Pour quelqu’un qui avait soutenu sans faillir les politiques néolibérales, voilà une prise de position qui mérite attention. Jean Tirole serait-il sur son chemin de Damas ?

Tout d’abord, il faut remarquer qu’il évoque non pas l’économie, mais les sciences sociales. Assez curieux pour quelqu’un qui s’était vivement opposé à la création dans les universités d’une section « Institutions, économie, territoire et société », visant à intégrer l’économie au sein d’un ensemble plus vaste, au motif que cela serait « une catastrophe pour la visibilité et l’avenir de la recherche en sciences économiques dans notre pays ». Remords tardif, prise de conscience ?…

Mais l’essentiel n’est pas là. Jean Tirole dénonce le fait que « nous sous-investissons dans l’éducation et la formation continue ; nous négligeons le combat contre le changement climatique et diverses autres politiques qui limiteraient les dommages causés à la prochaine génération par le climat, l’intelligence artificielle, la dette, l’inégalité et autres défis imminents ».

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Mais qui est donc ce « nous » ? Ce « nous », ce sont pour lui « les peuples [qui] ont une mémoire courte, ils apprennent rarement de l’histoire », ce sont aussi « les citoyens [qui] ne mettent pas systématiquement la vie au-dessus de l’argent et ne sont pas prêts à réduire considérablement leur consommation en échange d’un monde plus sûr ».

La cupidité des plus riches

Ce seraient donc les peuples qui ont décidé de démanteler le système de santé, de réduire drastiquement les moyens de l’hôpital public, de diminuer considérablement le nombre de lits, d’en finir avec les stocks de masques au motif que cela était trop coûteux, etc.

Ce ne serait donc pas la cupidité des plus riches qui s’accaparent la richesse créée, ce ne serait pas le fonctionnement du capitalisme financiarisé, avec les flux incessants de marchandises à travers la planète, qui serait une des causes majeures du réchauffement climatique, ce ne seraient pas les délocalisations opérées par les multinationales dans les pays à bas salaires et aux droits sociaux réduits, combinées à la logique du « zéro stock » et des flux tendus, qui auraient entraîné une dépendance vis-à-vis de quelques pays devenus les « ateliers du monde », en particulier la Chine.

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