« Il ne faudra pas retourner dans une normalité qui nous concocte des crises à venir encore plus graves »

L’avocat Jean-Philippe Robé appelle, dans une tribune au « Monde », à ne pas lâcher les promesses politiques de tirer les leçons de cette crise du coronavirus, quand la vie reprendra son cours.

Publié le 30 mars 2020 à 11h25 - Mis à jour le 30 mars 2020 à 11h54 Temps de Lecture 4 min.

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« Faire comme avant, ce serait rester dans des débats stériles sur le plus ou moins d’Etat et sur la force magique du marché. »
« Faire comme avant, ce serait rester dans des débats stériles sur le plus ou moins d’Etat et sur la force magique du marché. » DPA / Photononstop

Tribune. La crise sanitaire est là. Etait-elle prévisible ? L’Etat a-t-il manqué à son devoir de protection (gouverner, c’est prévoir…) ? D’autres le diront. L’important aujourd’hui, c’est de penser l’après.

En 2008, c’était un choc endogène au système financier qui a débouché sur une crise financière suivie d’une crise économique. On avait prêté à des débiteurs insolvables des sommes colossales, les créances ainsi générées se retrouvant titrisées dans des instruments financiers de plus en plus complexes et éloignés des actifs sous-jacents. Que ces actifs perdent leur valeur et la construction s’écroule. Et c’est ce qui s’est passé.

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En 2020, c’est une crise exogène – l’apparition d’un nouveau virus mortel – qui débouche sur une crise financière qui va se doubler d’une crise économique. Nous en sortirons, bien sûr. Les dettes seront socialisées et il y aura des plans de relance de l’activité économique.

Mais ce qu’il faut éviter c’est, comme après 2008, de retourner dans une normalité dont on sait qu’elle nous concocte d’autres crises à venir encore plus graves.

L’importance du changement de logiciel

La vraie crise que nous vivons sur le temps long, mais qui s’accélère, est celle du bouleversement climatique. Le choc actuel, par la prise de conscience qu’il génère que tout peut basculer du jour au lendemain, est l’occasion de se mettre en mesure d’y faire face.

Que le bouleversement climatique soit là ne devrait faire de doute pour personne. Les conséquences sont connues : élévation de la moyenne des températures, zones rendues inhabitables par la montée des eaux, incendies suivis de désertification, crises migratoires majeures, extinction de nombreuses espèces animales et végétales, crise alimentaire, extension des pandémies… Si on ne change pas de logiciel, la crise de 2020 nous apparaîtra un jour comme un doux souvenir.

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Cela peut sembler choquant quand on mesure les souffrances que beaucoup vivent actuellement, mais il y a une part de chance dans la crise que nous traversons. Les grands changements dans notre organisation sociale, dans la naissance de nouveaux droits ou dans la création d’institutions internationales, ont toujours été précédés par de grandes crises. C’est après les crises majeures que l’on prend conscience, dans de rares moments de rassemblement, que l’on ne peut plus faire « comme avant ».

Repenser le rôle de l’Etat

Faire comme avant, ce serait continuer à penser que l’Etat est une institution comme une autre. C’est une institution exceptionnelle, qui a un ensemble de missions uniques. Il faut qu’il ait les moyens de les remplir. Nous allons voir quels Etats feront mieux face à la crise que les autres et en tirer les leçons. Mais il y a aussi une question de ressources, une question fiscale.

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