Libertés numériques : « La gouvernance algorithmique est d’une efficacité redoutable »

La mise en place d’un mode de régulation sociale par algorithme impose deux conditions dans les démocraties : l’algorithme doit être transparent et débattu par tous ceux qui le subiront ou en bénéficieront, avertit, dans une tribune au « Monde », le chercheur Hugues Bersini.

Publié le 29 mars 2020 à 10h00 Temps de Lecture 3 min.

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« Dans sa composante plus décisionnelle, l’intelligence artificielle devrait permettre la diffusion et la plus grande efficacité des pratiques diagnostiques, thérapeutiques et préventives. »
« Dans sa composante plus décisionnelle, l’intelligence artificielle devrait permettre la diffusion et la plus grande efficacité des pratiques diagnostiques, thérapeutiques et préventives. » Margaux Maurel / Le Monde

Tribune. S’il ne s’agissait déjà que de la seule utilisation devenue vitale du réseau Internet et de toutes les applications de communication qu’il supporte, il n’aura échappé à personne combien les technologies du numérique nous sont devenues indispensables pour affronter cette crise sanitaire. On se rappellera qu’Internet est né, durant la guerre froide, afin de rendre possible mais surtout fiabiliser une communication menacée.

Au-delà de ce seul réseau, il est évident que nous dépendons et dépendrons de plus en plus de cette technologie ubiquitaire (n’importe quel objet peut faire office d’ordinateur), communicative (échanger et synchroniser ses réflexions et ses actions avec n’importe quel autre objet), et super intelligente.

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Ainsi, les apports actuels et futurs de l’intelligence artificielle seront nombreux. Sa composante big data et apprentissage machine devrait permettre de plus finement diagnostiquer les radios du poumon, si l’on s’accorde pour partager la multitude de nouvelles images médicales que la crise entraîne (clairement de nombreuses barrières devront être levées une fois pour toutes).

Pour mieux prédire le risque

Devant une maladie très inégalitaire en matière d’impact sur les personnes, elle devrait permettre de mieux comprendre, en brassant là encore la masse malheureusement énorme de données disponibles, quels sont les attributs les plus discriminants (âge, sexe, maladies, habitat) qui permettent de mieux prédire et le risque de contagion et la nature de l’évolution de ce mal chez ceux qui en sont atteints.

Dans sa composante plus décisionnelle et plus « système expert », l’intelligence artificielle devrait permettre la diffusion et la plus grande efficacité des pratiques diagnostiques, thérapeutiques et préventives. Par exemple, trouver le docteur le plus à même de vous recevoir, ainsi que demain le centre de test et votre horaire de passage. Elle permet aussi la mise en œuvre plus diffuse et efficace des nombreuses mesures de régulation sociale que nos gouvernements mettent en place.

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Votre smartphone peut vous alerter sur votre santé et vous aider à en prendre soin. Il peut vous signaler toute personne s’approchant à moins de 1 mètre, éventuellement le risque de sa contagiosité. Il peut aussi informer les forces de police de votre position et éloignement par rapport au domicile, vos éventuels regroupements, sur l’instant, dans le passé et même dans le futur (en vous profilant).

Le rôle des algorithmes

Au-delà des mécanismes déjà bien connus de régulation sociale par les normes, par les lois ou par le prix des choses (je ne prends pas l’avion car je suis « Greta », car cela m’est interdit, ou car c’est devenu hors de prix), il en est un de plus en plus présent et souvent de façon insidieuse : les algorithmes.

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