« Pour Donald Trump, Xi Jinping, Vladimir Poutine ou Narendra Modi, le politique l’emporte sur le droit »

Ces vingt dernières années confirment une double régression : celle de l’Etat de droit comme mode de gouvernance ; celle d’un ordre international un tant soit peu codifié, explique, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».

Publié le 27 février 2020 à 05h49 - Mis à jour le 28 février 2020 à 06h57 Temps de Lecture 4 min.

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Donald Trump et le premier ministre indien Narendra Modi à New Delhi, le 25 février.
Donald Trump et le premier ministre indien Narendra Modi à New Delhi, le 25 février. ADNAN ABIDI / REUTERS

Chronique. Avec eux, l’Etat de droit régresse. Les puissants du jour – Donald Trump, Xi Jinping, Vladimir Poutine ou Narendra Modi – ne croient qu’aux rapports de force. L’Américain, le Chinois, le Russe et l’Indien partagent cette conviction : le politique l’emporte sur le droit. Ils tordent le cou à deux des grandes illusions entretenues au début des années 1990. La démocratie libérale passait alors pour l’horizon politique du XXIe siècle. Parallèlement, la fin de la guerre froide faisait naître l’espoir d’une scène internationale obéissant à des règles.

Ces vingt dernières années confirment une double régression : celle de l’Etat de droit comme mode de gouvernance ; celle d’un ordre international un tant soit peu codifié. Laissons de côté la question de savoir s’il y a une relation de cause à effet entre ces deux phénomènes. Bornons-nous à pointer une actualité qui confirme l’un et l’autre : à Washington, l’érosion de la démocratie américaine ; en Syrie, à Idlib, la sale gueule de la force brute contre une population abandonnée.

L’ONU est paralysée

Près de 900 000 civils fuyant la terreur des bombardements russes et syriens, dormant sous des toiles de tentes de fortune, dans la boue, le froid, la peur ; des vieillards, des enfants, des familles entières chassés de leur dernier refuge, le massif de l’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie et qui se pressent à la frontière de la Turquie : la guerre sans foi ni loi – et l’un des plus grands mouvements de population observé depuis longtemps. Tout est permis, n’est-ce pas, puisque l’Idlib abrite le dernier quarteron de la rébellion armée contre le régime de Bachar Al-Assad, quelque 20 000 combattants, pour la plupart islamistes.

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Deux faits singuliers marquent cette tragédie. D’une part, ces civils ne fuient pas vers les zones du pays contrôlées par le régime de Damas. Ils savent à quoi s’en tenir. D’autre part, les Russes – appuyés par les Chinois – ont, à l’ONU, opposé leur veto à toute aide humanitaire. Comme s’il fallait que cet exode ait lieu et dans les pires conditions. Pourquoi ?

On objectera que l’on a déjà vu pire depuis 2000. On dira qu’un des coups les plus mortels porté au rêve d’un ordre international bordé par quelques règles est venu dès 2003 quand les Etats-Unis asservirent l’Irak. Autant de remarques qui ne font que confirmer cette réalité : le siècle s’installe dans la loi de la force, le « droit » du fait accompli, la normalisation de l’annexion territoriale – le monde de Modi, Poutine, Trump et Xi.

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