L’explosive mise au ban des musulmans d’Inde

Editorial. Mardi des émeutes ont éclaté à New Delhi, causant 34 morts et 330 blessés. La loi controversée sur la citoyenneté, discriminatoire à l’égard des Indiens musulmans, est à l’origine de ces affrontements. Cette politique portée par le premier ministre Modi doit être condamnée par l’UE.

Publié le 27 février 2020 à 10h15 - Mis à jour le 27 février 2020 à 14h53 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». Rarement le gouffre entre la cruelle réalité et l’hypocrisie de certains discours politiques a été plus béant que lors de la visite à grand spectacle de Donald Trump en Inde, lundi 24 et mardi 25 février. Au moment même où le président américain, devant 100 000 personnes réunies dans l’immense stade de cricket d’Ahmedabad, magnifiait « l’harmonie » censée régner entre les différentes religions du pays, des violences entre hindous et musulmans éclataient à New Delhi, la capitale.

Alors que M. Trump qualifiait le premier ministre indien, Narendra Modi, de « dirigeant exceptionnel », lui promettant de signer un jour « un accord commercial incroyable », la colère suscitée par la loi discriminatoire à l’encontre des musulmans, votée à l’initiative du premier ministre indien, dégénérait en affrontements intercommunautaires.

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Mardi, pendant que Melania Trump assistait à un « cours de bonheur » dans une école, des hordes d’émeutiers nationalistes hindous, armés de bâtons, de sabres ou de pistolets, prenaient d’assaut les quartiers populaires nord-est, à majorité musulmane, de la capitale. Des maisons ont été incendiées, des commerces pillés, un drapeau hindou hissé sur une mosquée. Ces émeutes, les pires depuis des décennies à New Delhi, ont causé la mort de 34 personnes, tandis que 330 ont été blessées.

Adoptée en décembre 2019, la loi qui embrase l’Inde exclut les musulmans du processus de régularisation et d’acquisition de la nationalité ouvert aux réfugiés venus d’Afghanistan, du Pakistan et du Bangladesh. Elle menace ainsi de transformer en citoyens de seconde zone 200 millions de personnes, qui représentent 14,2 % de la population du pays.

Nationalisme hindou de plus en plus agressif

« J’en ai entendu parler, mais nous n’en avons pas discuté, cela relève de l’Inde », a glissé Donald Trump, surtout occupé à flatter son « grand ami » Narendra Modi, vu à Washington comme un contrepoids à la puissance chinoise et signataire d’un contrat prévoyant 3 milliards de dollars (environ 2,7 milliards d’euros) d’achat de matériels militaires américains.

Certes, le glissement de l’Inde, depuis la victoire du Parti du peuple indien (BJP), le parti mené par M. Modi, en 2014, vers un régime illibéral pratiquant un nationalisme hindou de plus en plus agressif et menaçant le pluralisme religieux, est d’abord une affaire indienne.

Mais le spectacle du président des Etats-Unis fermant les yeux sur une loi ouvertement discriminatoire et ignorant les violences qu’elle suscite ne peut qu’inquiéter. De plus en plus, Donald Trump se pose en protecteur de régimes dirigés par des « hommes forts » ou qui se réclament de la démocratie illibérale, du Brésil de Jair Bolsonaro à la Hongrie de Viktor Orban en passant par l’Israël de Benyamin Nétanyahou et l’Inde de Narendra Modi.

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Il faut dénoncer avec force la montée de l’intolérance d’Etat dans un pays longtemps cité en exemple pour sa vie démocratique et sa diversité. La mise au ban des Indiens musulmans, troisième communauté musulmane du monde, non seulement viole la promesse du père de l’indépendance, le mahatma Gandhi, mais elle réveille le spectre des affrontements entre musulmans et hindous qui ont suivi la partition de l’Inde, en 1947 (de 1 million à 2 millions de morts), et celui des pogroms antimusulmans de 2002 (de 800 à 2 000 morts) dans l’Etat du Gujarat, alors dirigé par M. Modi.

L’Union européenne, dont l’histoire est marquée par les ravages du nationalisme, doit condamner cette politique discriminatoire. Le statut de grande puissance démocratique que revendique l’Inde ne peut s’accommoder d’un apartheid de fait.

Le Monde

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