Elections municipales : « Les futurs élus parlent plus de nature que de ville »

A la faveur des municipales, c’est la nature et non la construction qui semble former l’alpha et l’oméga de toute politique urbaine, constate Grégoire Allix dans sa chronique.

Publié le 27 février 2020 à 06h00 Temps de Lecture 3 min.

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Chronique. Le paradoxe serait cocasse s’il n’était un aveu d’échec : à la faveur de la campagne électorale pour le scrutin municipal des 15 et 22 mars, c’est la nature et non la construction qui semble former l’alpha et l’oméga de toute politique urbaine. Voyez Paris, la seule des métropoles françaises à jouer dans la cour des villes-mondes interconnectées : il n’est question que de forêts urbaines, de rues-jardins, de parcs végétalisés, de potagers citadins. Exit les grands projets, haro sur la bétonisation ! Dehors les voitures, place à la verdure !

Partout, élus et citoyens en appellent au retour du village et rejettent la métropolisation, cet ennemi au nom barbare, synonyme de gigantisme et de déshumanisation. La densité et l’agglomération, érigées en modèles depuis des années par le monde de l’urbanisme, ont échoué à entraîner l’adhésion. Les « gilets jaunes » ont mis en lumière le malaise d’une partie de la France périurbaine, sans démentir le puissant appétit pour la maison en périphérie. Jamais la France n’a été à ce point urbaine, et jamais la ville n’a autant servi de repoussoir.

Deux ouvrages publiés au mois de mars viennent utilement nourrir le débat sur cette faillite de l’aménagement doublée d’une quête perpétuelle de la ville idéale. Dans le provocateur et stimulant essai Anachronismes urbains (Presses de Sciences Po, 206 p., 15 €), à paraître le 5 mars, Jean-Marc Offner, directeur général de l’agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine et président du conseil stratégique de l’Ecole urbaine de Sciences Po, identifie sept « dogmes », des « croyances d’un autre âge » qui « continuent de gouverner les villes et les territoires » et rendent « inopérantes les manières de penser les problèmes de la ville contemporaine et leurs solutions ».

Au risque de l’obésité

Voici donc passées au crible les certitudes les plus consensuelles de l’urbanisme à la française : la focalisation exclusive sur les transports collectifs, l’obsession de bâtir un pays de propriétaires, la lutte aveugle contre l’étalement urbain, la mixité sociale résidentielle vue comme le garant du « vivre-ensemble », la proximité comme mot d’ordre, la recherche incessante du bon périmètre institutionnel, la certitude enfin que c’est l’architecture qui fait la ville, ajoutant des constructions là où manque l’espace public. Autant de « pensées magiques » qui aggravent les problèmes qu’elles sont censées résoudre, analyse l’auteur… « Tous ces dogmes datant d’il y a un demi-siècle sont fortement remis en cause par le monde académique, mais les élus et les professionnels ont du mal à changer de lunettes, ils regardent un monde qui n’existe plus », déplore Jean-Marc Offner.

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