Alex Cobham : « L’axe anglo-américain de l’opacité financière constitue une menace majeure pour l’Europe »

Alors que l’ONG Tax Justice Network publie, le 18 février, à Londres, son classement mondial bisannuel de l’opacité financière, son directeur général Alex Cobham pointe, dans une tribune au « Monde », deux mauvais élèves : les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Publié le 18 février 2020 à 19h00 Temps de Lecture 4 min.

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« Les Etats-Unis restent le seul grand pays à refuser de coopérer dans l’échange d’informations sur les comptes financiers – qu’ils exigent pourtant de tous les autres, sous la menace. »
« Les Etats-Unis restent le seul grand pays à refuser de coopérer dans l’échange d’informations sur les comptes financiers – qu’ils exigent pourtant de tous les autres, sous la menace. » Peter Dazeley/GO Free / Photononstop

Tribune. Ce qui faisait l’effet d’une bombe il y a encore quelques années fait désormais partie de la routine. Lorsque les « Luanda Leaks » ont fait la « une » des journaux il y a un mois, les lecteurs du monde entier n’ont guère été surpris par l’ampleur du scandale. Une fois de plus, des fuites de documents confidentiels soulignaient le rôle d’une armée d’avocats, fiscalistes et comptables, dans la création de sociétés offshore aux structures aussi complexes qu’opaques.

Cette fois-ci, le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) révélait comment Isabel dos Santos, la femme la plus riche d’Afrique, et fille aînée de l’ex-président angolais José Eduardo dos Santos, s’était accaparée de milliards de dollars d’argent public de son pays grâce à un montage financier comprenant plus de quatre cents sociétés et filiales dans quarante et un pays.

Baguette magique

« Panama Papers », « Luxleaks », « Paradise Papers », « Mauritius Leaks », « Luanda Leaks »… : la cascade de révélations, fruits du travail courageux de journalistes et de lanceurs d’alerte, a eu le grand mérite, dans le monde entier, de pousser les populations à exiger de leurs gouvernements qu’ils s’attaquent enfin à l’industrie du secret financier et aux réseaux de corruption transfrontaliers. Avec des premiers résultats, comme le montre la dernière édition de l’indice d’opacité financière (FSI 2020), publié tous les deux ans par l’ONG britannique Tax Justice Network, que je dirige.

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En moyenne, les pays ont réduit leur participation au secret financier de 7 % depuis l’édition de 2018. C’est comme si, d’un coup de baguette magique, on avait éliminé la contribution négative de la Suisse (championne de l’opacité en 2018) et celle des Emirats arabes unis (alors classés en 9e position).

Il faut applaudir les progrès enregistrés par de nombreux pays, et notamment l’Allemagne, dont la participation à l’opacité financière mondiale s’est effondrée de 35 %. En surmontant les résistances au sein du monde des affaires et sa traditionnelle culture du secret, elle a été encore plus loin que ne l’exigeait l’Union européenne (UE), en identifiant, par exemple, les véritables propriétaires des entreprises, dont les noms sont souvent cachés.

La Suisse a aussi effectué des avancées, même si elles sont bien plus timides. Tout en restant un des principaux acteurs mondiaux de l’opacité, elle a fait un pas dans la bonne direction en augmentant de manière significative le nombre de pays avec lesquels elle échange automatiquement des informations sur les comptes financiers. Quant à la France, en améliorant notamment l’enregistrement des propriétaires des entreprises, trusts et fondations, elle se réaffirme comme un des leaders mondiaux de la transparence financière.

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