« On ne peut faire l’économie d’évaluer tant l’usure physique que la fatigue psychologique »

La pénibilité n’est pas l’apanage des activités physiquement lourdes, estime le médecin généraliste Francis Marion, qui prône un aménagement des fins de carrière adapté aux véritables ressources des salariés.

Publié le 17 février 2020 à 01h09 - Mis à jour le 17 février 2020 à 07h17 Temps de Lecture 3 min.

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HARRY HAYSOM / IKON IMAGES / PHOTONONSTOP

Tribune. Devoir travailler plus longtemps, ce consensus s’installe progressivement dans les esprits. Toutefois, les statistiques sur l’allongement de la durée de la vie réveillent une anxiété justifiée sur la qualité de l’existence après l’interruption professionnelle. Vieillir, d’accord, mais pour combien de temps en bonne santé ? De ce fait, la peur de reculer l’âge de la retraite vient questionner profondément notre société.

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La pénibilité n’est pas seulement l’apanage des activités physiquement difficiles. Certaines activités épuisent psychologiquement et socialement. La pénibilité ne concerne pas seulement ceux qui ne font pas du travail de bureau ou ceux qui n’ont pas d’horaires inhumains. Elle est le lot de tout un chacun, car il s’agit d’un ressenti individuel étroitement lié aux exigences entrepreneuriales ou institutionnelles. On sait que, passé la cinquantaine, les perspectives de changer de métier ou de trouver une nouvelle activité sont improbables. Subir et tenir toujours reste la seule solution en attendant que les droits à la retraite se consolident.

« On gagnerait en humanisation si on proposait aux salariés arrivés à un certain âge des missions plus légères, des objectifs moins contraignants »

Dans mon métier de médecin, j’ai souvent constaté que nombre de personnes ne sont pas tellement fatiguées par leur profession, mais plutôt par les conditions liées aux difficultés d’une fin de carrière devenant de plus en plus épuisante. Qu’il s’agisse de l’usure physique, bien sûr, mais aussi de la non-reconnaissance de l’âge dans des métiers sous tension, des exigences institutionnelles qui ne s’adoucissent guère, du rendement, de la pression continue, de la disqualification liée à la fatigue générale.

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On gagnerait sûrement en humanisation des fins de carrière si, arrivés à un certain âge, les salariés se voyaient proposer des missions plus légères, des objectifs moins contraignants. Si on leur permettait de moins monter sur les échafaudages, d’aménager leurs horaires, de modifier leur poste en les accompagnant si nécessaire par des formations complémentaires. On pourrait accepter qu’ils développent d’autres types de compétences en consacrant, par exemple, plus de temps à former les apprentis, et en faisant profiter de leur expérience les nouvelles générations. L’entreprise n’aurait sans doute pas à y perdre, en définitive, car elle rentabiliserait davantage le capital et le savoir-faire associés aux compétences acquises par ses agents vieillissants.

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