Comment le Brexit accélère la réunification de l’Irlande

Démographie oblige, les protestants, attachés au lien avec l’Angleterre, devraient perdre d’ici peu la majorité au profit des catholiques, traditionnels soutiens du rattachement à la République.

Par Publié le 17 février 2020 à 00h00 - Mis à jour le 17 février 2020 à 07h16

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Le chef du Sinn Fein, Gerry Adams (à gauche) et le membre du parti Ruairi O’Murchu, le 31 janvier à Carrickarnon, Irlande.
Le chef du Sinn Fein, Gerry Adams (à gauche) et le membre du parti Ruairi O’Murchu, le 31 janvier à Carrickarnon, Irlande. PETER MORRISON / AP

Analyse. Presque un siècle de combat parfois sanglant n’a pas permis aux républicains irlandais de satisfaire la plus chère de leurs revendications : la réunification de l’île, partagée depuis 1922 entre une République – au sud – et les six comtés d’Irlande du Nord rattachés au Royaume-Uni. Mais cet objectif historique que ni la lutte politique et militaire ni le terrorisme de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) n’ont permis d’atteindre, le Brexit est en train d’en accélérer la réalisation. Le succès éclatant que vient de remporter, aux élections législatives en République d’Irlande, le Sinn Fein, parti dont la raison d’être, depuis sa fondation en 1905, est l’indépendance de la totalité de l’île vis-à-vis de la Grande-Bretagne, n’en est qu’un signe supplémentaire.

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Certes, la réunification n’était pas un thème débattu dans une campagne électorale dominée par les questions de logement et de protection sociale. Mais en faisant du Sinn Fein le premier parti du pays (24,5 % des voix), les Irlandais ont plébiscité une formation longtemps considérée par beaucoup comme infréquentable car elle fut le bras politique de l’IRA. Seul parti irlandais actif des deux côtés de la frontière, le Sinn Fein cogère déjà l’exécutif régional du nord. Au sud, sa charismatique présidente Mary Lou McDonald est désormais en position de participer à un gouvernement et de pousser l’un des premiers points de son programme : la réunification.

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Le paradoxe est que, avant le référendum britannique de juin 2016 sur le Brexit, les relations entre Londres et son ancienne colonie étaient au beau fixe. L’Irlande du Nord, secouée par trente années de violence à partir de 1968, avait retrouvé la paix grâce à l’accord du Vendredi saint (1998), la République d’Irlande, ancien parent pauvre devenu symbole de réussite économique, avait scellé en 2011 sa réconciliation avec les Britanniques en réservant un accueil chaleureux à la reine Elizabeth dont le tailleur vert Irlande avait fait sensation. Evénement longtemps inimaginable, la souveraine avait, l’année suivante, serré la main de Martin McGuinness, ancien commandant de l’IRA.

Mais à Londres, où le sort de l’île ne suscite qu’indifférence ou condescendance, personne n’a vu venir à quel point le Brexit allait être une affaire irlandaise. En réalité, la question de la frontière entre les deux Irlandes a été au centre des négociations et donné lieu à une étonnante manifestation de solidarité des Etats de l’UE à l’égard de la petite République dont les 4,8 millions d’habitants, membres de l’Union, sont à 93 % proeuropéens.

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