« Pour l’instant, la gestion du coronavirus par la Chine relève plus d’Orwell que de la glasnost »

Il y a bien des similitudes entre l’épidémie actuelle et la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Même dissimulation par le pouvoir, même propagande et même doutes d’une partie des citoyens.

Publié le 12 février 2020 à 09h29 - Mis à jour le 12 février 2020 à 10h23 Temps de Lecture 4 min.

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Xi Jinping, à Pékin, le 11 février.
Xi Jinping, à Pékin, le 11 février. Liu Bin / AP

Chronique. La comparaison est tentante : deux catastrophes spectaculaires aux conséquences mortelles, deux régimes autoritaires rétifs, par essence, à la transparence et, dans les deux cas, des citoyens révoltés par le fait que le pouvoir leur ait caché la vérité, au mépris de leur santé. Difficile, sur la base de ces éléments, de ne pas imaginer que l’épidémie du coronavirus puisse produire le même effet politique sur le régime Xi Jinping que l’accident à la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl qui, en 1986, devint le fer de lance de la glasnost gorbatchévienne.

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On peut même retrouver une dimension héroïque comparable dans le sort du docteur Li Wenliang, le jeune médecin de Wuhan qui a tenté, en vain, d’alerter les autorités sur l’apparition du virus le 30 décembre et dont la mort, annoncée le 7 février, a suscité une vague d’émotion et d’indignation parmi ses compatriotes. La tragédie du docteur Li rappelle celle de la douzaine de pompiers irradiés de Tchernobyl, envoyés au feu sans la moindre protection contre la contamination radioactive, et que l’on enterra à la sauvette dans un cimetière de la banlieue de Moscou, après avoir tenté de les soigner dans un hôpital de la capitale.

Peut-on donc en déduire que les critiques des Chinois sur la manière dont le pouvoir a géré le début de l’épidémie, perdant trois précieuses semaines, vont déclencher le même processus de réaction en chaîne qui a abouti au discrédit profond du système soviétique ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Tchernobyl, devait dire bien des années après Mikhaïl Gorbatchev, « a peut-être été la véritable cause de l’effondrement de l’Union soviétique cinq ans plus tard, davantage encore que ma politique de perestroïka ».

Accélérateur de glasnost

Il y a bien, en effet, des similitudes entre les deux événements, propres aux systèmes non régis par l’Etat de droit. La dissimulation, d’abord : la tentation, au début, de cacher la gravité du désastre, voire de l’occulter complètement comme ce fut le cas pour Tchernobyl où l’explosion de la centrale, en pleine nuit le 26 avril 1986, fut totalement passée sous silence pendant quarante-huit heures, pendant lesquelles on laissa les enfants jouer dehors dans la zone sinistrée. Et si l’information finit par filtrer, c’est parce que des niveaux de radioactivité anormaux avaient été détectés en Suède. La propagande, ensuite : les médias étrangers accusés de calomnies, l’appareil du parti loué pour avoir pris les mesures salutaires puis, plus tard, les lampistes sacrifiés lorsqu’il devient trop évident que les mesures salutaires n’ont pas été prises. Les doutes d’une partie des citoyens, enfin, à une époque où Internet n’existait pas mais où le bouche-à-oreille pouvait faire des ravages.

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