Restaurer plutôt que conserver, la nouvelle arme idéologique d’Eric Zemmour

A l’image du polémiste, la droite identitaire perçoit le progressisme non plus comme un ensemble de réformes qu’il faut combattre mais comme une véritable « religion », analyse notre journaliste Nicolas Truong.

Par Nicolas Truong Publié le 03 octobre 2019 à 09h50

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Eric Zemmour à la tribune de la Convention de la droite, organisée par des proches de Marion Maréchal Le Pen, le 28 Septembre 2019, à Paris.
Eric Zemmour à la tribune de la Convention de la droite, organisée par des proches de Marion Maréchal Le Pen, le 28 Septembre 2019, à Paris. CYRIL BITTON POUR "LE MONDE"

Analyse. On oppose souvent les mondialistes aux souverainistes, et le libéralisme au populisme. Mais l’alternative au progressisme a longtemps porté un nom : le conservatisme. Face au triomphe supposé de « l’individu roi » qui ne cesse d’imposer de nouveaux droits – tels que le mariage pour tous et la PMA –, les conservateurs tentent de préserver le modèle de la famille traditionnelle. Dans un monde « sans père ni repère », disent-ils souvent, il convient de ralentir la marche du temps, de réhabiliter les notions d’héritage, d’ancrage et d’enracinement. Les nouveaux conservateurs cherchent à se prémunir des « effets pervers » de la modernité, à préserver certains « invariants », à poser des « limites » à la démesure biotechnologique, à résister à « l’indifférenciation » généralisée et à tempérer les « passions égalitaristes » des progressistes. Et non pas, en principe, à revenir en arrière.

Or, il y a bien longtemps que certains d’entre eux se sont transmués en authentiques « néoréactionnaires ». Parce que le progressisme n’est plus perçu comme un ensemble de réformes qui accompagnent des améliorations (sociales, scientifiques et morales), mais comme une véritable « religion ». Ainsi, face au pouvoir d’Emmanuel Macron et à la persistance de ce qui s’apparente à une « révolution », une partie de la droite extrême préfère abandonner l’idée de conservation pour celle de « restauration ». « Bien sûr, nous devons être conservateurs de notre identité, mais que pouvons-nous conserver puisque tout a été détruit ?, tonnait Eric Zemmour dans sa harangue d’une rare violence sexiste et racialiste à la tribune de la Convention de la droite, le 28 septembre. Notre tâche est plus immense, presque désespérée. Nous devons restaurer. »

Car l’envers – tout comme l’adversaire – du réactionnaire, c’est le révolutionnaire. Comme l’explique l’historien des idées Mark Lilla dans L’Esprit de réaction (Desclée de Brouwer, 216 pages, 16,90 euros), les réactionnaires sont « aussi radicaux » que les révolutionnaires, à la différence que les premiers sont « hantés par la peur de l’Apocalypse » et les seconds par « l’espérance millénariste dans un nouvel ordre social et une humanité renouvelée ». Les réactionnaires carburent à la nostalgie, les révolutionnaires à l’utopie.

Rétablir l’ordre patriarcal

Restaurer plutôt que conserver, ce glissement idéologique et sémantique est clairement apparu lors de ce rassemblement organisé par des proches de Marion Maréchal et destiné à inventer une « alternative au progressisme ». Une occasion, pour une partie des orateurs, de pointer les limites du conservatisme face à la révolution progressiste puisque « la restauration est toujours au bout du chemin », a renchéri l’essayiste souverainiste Paul-Marie Couteaux.

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