La création artistique à l’aune des tensions raciales

Appropriation culturelle ou circulation des formes ? Deux expositions dans des musées parisiens reviennent sur la question de la visibilité des minorités dans les arts.

Par Publié le 18 avril 2019 à 12h24 - Mis à jour le 18 avril 2019 à 17h11

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Serge Gainsbourg chez lui, à Paris, le 5 décembre 1979, dans sa période reggae.
Serge Gainsbourg chez lui, à Paris, le 5 décembre 1979, dans sa période reggae. TONY FRANK/LA GALERIE DE L’INSTANT

L’historienne de l’art Anne Lafont et l’historien Pap Ndiaye font tous deux partie du comité scientifique du « Modèle noir, de Géricault à Matisse », l’exposition du Musée d’Orsay qui retrace la représentation des Noirs en France, de l’abolition de l’esclavage en 1794 au milieu du XXe siècle. Le parcours s’arrête entre autres sur la tournée hexagonale, en 1866, de l’Afro-Américain Ira Aldridge, l’un des premiers comédiens noirs à interpréter Othello. Petit-fils d’une esclave, l’écrivain Alexandre Dumas, à l’issue d’une représentation à Versailles, se serait écrié : « Moi aussi, je suis nègre ! » Quant à son contemporain Théophile Gautier, il a ces mots, à la fois terriblement datés et d’une redoutable actualité : « Le répertoire d’un acteur nègre semble devoir se borner à des pièces de couleur ; mais, quand on y réfléchit, si un comédien blanc se barbouille de bistre pour jouer un rôle noir, pourquoi un comédien noir ne s’enfarinerait-il pas de céruse pour jouer un rôle blanc ? »

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L’exposition revient sur l’invisibilisation dont ont été victimes les artistes et modèles noirs, mais aussi sur l’engouement pour certaines figures archétypales, comme Joséphine Baker. Entre les couleurs de peau, les interactions fécondes le disputent à la caricature odieuse, l’indifférence, la curiosité ou la fétichisation. « L’appropriation culturelle, avec son schéma binaire dominants/dominés , n’aide pas à saisir la dynamique de ces échanges, souligne Anne Lafont. Face au parcours d’un Alexandre Dumas, métis souvent célébré, parfois moqué, elle est inopérante. »

« Passeurs » et « récupération »

« Le Modèle noir » n’est pas la première exposition à montrer combien les tensions raciales irriguent la création – et combien celle-ci, inversement, les apaise ou les attise. En 2016, « The Color Line », au Quai Branly, célébrait, selon son commissaire Daniel Soutif, « les artistes et penseurs africains-américains qui ont contribué à estomper la “ligne de couleur” discriminatoire qui divisait le pays ». « Chez les Africains-Américains, la tentation du repli communautaire sur fond de nationalisme culturel n’a pas attendu l’invention de la notion d’appropriation culturelle, comme en témoignent les écrits d’Amiri Baraka dès les années 1960, met en perspective Pierre Evil, auteur de l’essai Gangsta-rap (Le Mot et le reste, 2018), et par ailleurs ancienne “plume” de François Hollande pour les questions de mémoire. Cependant, les artistes les plus novateurs, de George Clinton à Kanye West, sont souvent ceux qui ont osé traverser la Color Line, au risque de s’y brûler. »

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