Macron apprivoise le Tigre

Analyse. Après s’en être longtemps tenu à distance, le président de la République multiplie les hommages à Georges Clemenceau, détaille Antoine Flandrin, journaliste au « Monde ».

Par Publié le 16 juin 2018 à 04h30 - Mis à jour le 16 juin 2018 à 07h31

Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

Emmanuel Macron inaugure le Musée national Clemenceau, dans la maison natale du « Tigre », à Mouilleron-Saint-Germain (Vendée), mercredi 13 juin 2018.

Analyse. Il est des figures historiques plus faciles à investir que d’autres. C’est peut-être la réflexion que s’est faite Emmanuel Macron, lorsqu’il a décrété que 2018 serait « l’année Clemenceau ». En cette dernière année du cycle du centenaire de la Grande Guerre, marcher dans les pas de Georges Clemenceau relevait de l’évidence : rarement un homme politique français aura incarné la fermeté, la constance et la détermination aussi fortement que lui en 1918. Alors que l’armée allemande lance cinq offensives majeures menaçant Paris, le président du Conseil poursuit la guerre coûte que coûte, consacrant un tiers de son temps à rendre visite aux poilus dans les tranchées, leur remontant le moral, ce qui lui vaudra le surnom de « Père la victoire ».

Depuis sa visite au Musée Clemenceau de Paris, le 11 novembre 2017, M. Macron a multiplié les hommages au Tigre. En février, il a signé une ode à Clemenceau, dans l’hebdomadaire Le 1, intitulée « Un héros français ». Le 13 juin, après avoir inauguré le Musée national Clemenceau, dans la maison natale du Tigre, à Mouilleron-Saint-Germain (Vendée), le président de la République s’est recueilli sur sa tombe, à Mouchamps, à vingt de kilomètres de là.

Lire aussi Macron commémore son premier 11-Novembre en tant que président

Pourtant, le président s’est longtemps tenu à distance du Tigre. En 2016, il rendait hommage, dans son livre Révolution (XO Editions), à ceux qui ont marqué l’histoire de France de Clovis à Jeanne d’Arc, de Danton à Gambetta, des tirailleurs sénégalais aux résistants. En revanche, pas un mot pour Clemenceau. Son père, Jean-Michel Macron, confiait alors à la journaliste du Figaro Anne Fulda, auteure d’Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait (Plon 2017) : « On parlait de Révolution française, de Napoléon, de la seconde guerre mondiale, de De Gaulle et, comment vous dire… Emmanuel n’était pas admiratif de Clemenceau. »

Fierté française

C’était oublier que le Tigre est une figure incontournable du panthéon républicain. Depuis sa mort, en 1929, les grands commis de l’Etat n’ont cessé de saluer son action. A Londres, le général de Gaulle lui rendait ainsi hommage, le 11 novembre 1941 : « Au fond de votre tombe vendéenne, aujourd’hui 11 novembre, Clemenceau, vous ne dormez pas ! » Le 11 novembre 1978, c’était Valéry Giscard d’Estaing qui faisait l’éloge du « médecin des pauvres », du « parlementaire véhément, parfois excessif, mais qui ne transigeait pas » et du « journaliste qui accueillait dans les colonnes de son journal, L’Aurore, le cri de Zola défendant Dreyfus ».

Il vous reste 58.64% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.