Les années noires des correspondances entre Français

A travers l’étude du Service des contrôles techniques, un organe ultrasecret de surveillance pour identifier les dissidents, repérer les ennemis d’Etat et faire la chasse aux juifs dès 1940, Antoine Lefébure restitue une histoire tragique de la France de Vichy.

Par Publié le 09 avril 2018 à 16h20 - Mis à jour le 30 avril 2018 à 10h18

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« Conversations secrètes sous l’occupation », d’Antoine Lefébure, Tallandier, 384 pages, 22,50 euros.

Livre. Au lendemain de l’installation de l’Etat français à Vichy, le 10 juillet 1940, le maréchal Pétain, qui dispose des pleins pouvoirs, demande au Service des contrôles techniques (SCT) de lui rapporter ce que les Français disent et écrivent sur lui. Il décide donc de séparer le SCT du ministère de la guerre et d’en faire un organe ultrasecret de surveillance pour identifier les dissidents, repérer les ennemis d’Etat et faire la chasse aux juifs.

Cette arme redoutable que fut le SCT, Antoine Lefébure la connaît bien : en 1993, il avait publié Les Conversations secrètes des Français sous l’Occupation, chez Plon. Vingt-cinq ans plus tard, il s’est replongé dans le sujet après que le gouvernement de François Hollande eut décidé, en décembre 2015, d’ouvrir aux chercheurs l’ensemble des archives les plus secrètes de la seconde guerre mondiale.

Lettres de condamnés à mort

L’ouvrage qui ressort aujourd’hui chez Tallandier est donc une version considérablement remaniée : l’auteur, spécialiste de l’histoire des technologies de communication, dit avoir trié plus de 300 000 lettres et interceptions téléphoniques produites entre 1937 et 1945. Finalement, il a porté son attention sur trente mille d’entre elles faisant écho aux événements tragiques de la période.

Parmi celles-ci, une lettre d’un père expliquant à une parente les motivations de son fils qui a choisi de rejoindre la Légion tricolore aux côtés des Allemands ; une conversation téléphonique entre deux Marseillais sur des actes de résistance qui ne se définissent pas encore comme tels ou encore des lettres de condamnés à mort, victimes de la répression du régime de Vichy.

Antoine Lefébure dit n’avoir identifié qu’un nombre très limité de lettres de dénonciation. Les arrestations de juifs et de résistants « n’étaient la plupart du temps que les conséquences de l’activité sinistre des “contrôles techniques” », soutient l’auteur, qui décrit bien les rouages du SCT, « machine de guerre » dirigée d’une main de fer par l’amiral Darlan, puis par René Bousquet, « grand organisateur du système des fichiers et d’interceptions », lequel établit les « Fichiers S » des individus considérés comme dangereux pour l’ordre public.

Chronologie approximative

S’il restitue la France des années noires dans sa complexité, l’ouvrage manque, en revanche, de clarté. Après avoir consacré un chapitre beaucoup trop long à l’interception des correspondances françaises depuis Louis XIII, l’auteur plonge dans l’étude de l’écoute des Français après 1940, sans analyser les points de convergence et de rupture en matière de surveillance entre la IIIe République et le régime de Vichy.

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