Prélèvement forfaitaire unique sur les revenus des placements financiers : « Il est à craindre que cette réforme n’accouche d’une souris »

L’économiste Thierry Aimar explique, dans une tribune au « Monde », qu’alléger la fiscalité des placements financiers ne modifiera pas la structure de l’épargne des Français et bénéficiera aux plus hauts patrimoines sans pallier l’insuffisance de fonds propres des entrepreneurs.

Publié le 06 avril 2018 à 14h00 - Mis à jour le 06 avril 2018 à 14h00 Temps de Lecture 4 min.

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« Au final, les 10 % plus riches, qui détiennent déjà les deux tiers du total de l’assurance-vie et de l’immobilier hors résidence principale, disposent de 80 % des actions et obligations détenues par les ménages » (Le ministre de l’économie Bruno Le Maire à Davos, en Suisse, le 25 janvier).

Tribune. Le gouvernement cherche à réorienter l’épargne des Français vers l’investissement productif. L’un des instruments de cette politique est de modifier la structure de la fiscalité sur le patrimoine : c’est l’objet de l’instauration depuis le 1er janvier 2018 du prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les revenus des placements financiers, souvent appelé « flat tax ».

Alors qu’actuellement, moins de 10 % de la valeur totale de l’épargne nationale est placée sur les marchés financiers, on voit facilement l’intérêt d’une telle politique. Rediriger l’épargne des Français pourrait d’abord aider nos champions numériques à lutter à armes égales avec leurs concurrents internationaux. Quoi de plus ahurissant que le décalage abyssal entre les moyens de financement dont disposent les acteurs américains ou chinois du numérique – les fameux Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et les nouveaux BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) –, et ceux laissés aux opérateurs européens ?

Un patrimoine basé sur l’entrepreneuriat

La « flat tax » pourrait ensuite réduire des inégalités de richesses entre les ménages en favorisant la constitution d’un patrimoine basé sur l’entrepreneuriat et la prise de risque, et non sur la famille et la rente (un tiers du patrimoine des Français provient d’un héritage) ; enfin, elle contribuerait à inverser le rapport de force entre entrepreneurs et capitalistes.

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A partir du moment où plusieurs entrepreneurs se disputent l’accès à des financements trop rares, ils sont obligés d’offrir aux actionnaires des retours sur investissement plus importants et plus rapides que les concurrents, donnant ainsi une prime au court terme, souvent dénoncée. Suite à cette surenchère, c’est la quasi-totalité de la création de richesses qui passe des mains des entrepreneurs à celles des investisseurs.

Mais la « flat tax » peut-elle vraiment produire de tels résultats ?

Si les épargnants des classes moyennes et populaires ne veulent pas être confrontés au risque boursier, c’est qu’ils n’ont tout simplement pas les moyens de l’être

Lorsqu’on examine la structure de l’épargne par catégorie sociale, il s’avère que les classes les plus populaires placent (avec de plus en plus de difficulté) leur épargne uniquement sur des livrets défiscalisés ; la classe moyenne rajoute à ce type de produits des investissements dans l’immobilier et l’assurance-vie ; seule la « upper class » (« classe supérieure ») est capable de coiffer tout cela par des placements sur les marchés financiers.

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