Une « Histoire de la France » équilibrée mais peu convaincante

Adepte du roman national, Jean-Christian Petitfils tient compte des pages les plus fastes comme des plus sombres de l’histoire de France mais se perd parfois dans un argumentaire qui pèche sur le plan scientifique.

Par Publié le 19 mars 2018 à 04h45 - Mis à jour le 19 mars 2018 à 10h04

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« Histoire de la France. Le vrai roman national », de Jean-Christian Petitfils. Fayard, 1 152 pages, 29 euros.

Livre. Adepte du roman national, Jean-Christian Petitfils s’est gardé, dans son Histoire de la France, de déployer une galerie de grands hommes, montrant la France en gloire. Certes, sa fresque fait la part belle à l’histoire politique, du partage de l’empire carolingien, en 843, à l’élection d’Emmanuel Macron, en 2017.

L’auteur de biographies (Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI) revient tambour battant sur l’action des gouvernants au cours des douze derniers siècles. Il n’en consacre pas moins de larges développements aux transformations sociales ou économiques, au mouvement des idées et à l’histoire des mentalités. Les femmes, les mouvements ouvriers et l’immigration occupent toutefois une place réduite dans son récit.

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Jean-Christian Petitfils s’efforce de bâtir un « roman » national équilibré, tenant compte des pages les plus fastes comme des plus sombres de l’histoire de France. L’antisémitisme d’Etat sous Vichy est traité à l’aune des travaux les plus récents. La guerre d’Algérie est restituée dans sa complexité : la torture pratiquée par l’armée française est abordée, au même titre que les attaques à la bombe du FLN devant les écoles, les stades et les restaurants. Au contraire, son histoire de la colonisation reste sommaire. La conquête sanglante de Madagascar, en 1895, est tout juste qualifiée de « campagne militaire longue et laborieuse ». De nombreux autres crimes coloniaux connus sont ignorés.

Essentialiser l’histoire de France

Contrairement aux romans nationaux traditionnels, Jean-Christian Petitfils ne commence pas son histoire de France par Vercingétorix ou Clovis. L’historien explique bien en quoi ces points de départ relèvent de reconstructions postérieures. Toutefois, il ne résiste pas à la tentation de lever le rideau sur une scène inaugurale : la bataille de Fontenoy-en-Puisaye, en 841, entre les fils de Charlemagne.

« L’événement fera date, car du sang fratricide de cette boucherie de Fontenoy naîtra la France », affirme l’auteur. Pour lui, le système féodal de la Francie occidentale, que reçoit le roi Charles le Chauve en vertu du traité de Verdun (843), constitue le cadre qui permettra à la nation française de s’épanouir. Ici, la démonstration n’emporte pas la conviction, car le récit de Jean-Christian Petitfils reste guidé par sa tendance à essentialiser l’histoire de France.

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L’auteur part du principe que, « de la France d’hier à celle d’aujourd’hui, il y a une permanence, un ADN constitutif de sa nature ». Et de soutenir que la France a toujours été un Etat de justice au service du bien commun, « à l’exception de rares moments (les guerres de religion, la révocation de l’édit de Nantes, les rafles de juifs sous Vichy) ». Un raisonnement très discutable. Ainsi, son entreprise qui vise à restituer sur la longue durée ce que l’identité française a de spécifique se perd dans un argumentaire qui pèche sur le plan scientifique.

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