Raphael Lemkin et Jan Karski, consciences de l’humanité

Livre. L’historienne Annette Becker a croisé les parcours de ces deux hommes, qui se sont heurtés à l’incompréhension alors qu’ils alertaient les Alliés sur l’extermination des juifs.

Par Publié le 20 janvier 2018 à 08h13 - Mis à jour le 20 janvier 2018 à 08h13

Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

Livre. Rares sont ceux qui, dès 1941, ont su percevoir l’ampleur et la nature spécifique de l’extermination des juifs au sein des crimes de la seconde guerre mondiale. Parmi eux, deux Polonais : le juriste juif Raphael Lemkin (1900-1959) et le résistant catholique Jan Karski (1914-2000). L’historienne Annette Becker a croisé les parcours de ces « deux messagers du désastre », qui ont eu pour point commun de se heurter à un mur d’incompréhension et de rejet.

Convaincu que le peuple juif est en train de « disparaître de la Terre », Raphael Lemkin envoie un mémorandum au président Roosevelt

Raphael Lemkin prend la route de l’exode dès la reddition de son pays. Des pays baltes, il rejoint la Suède, puis les Etats-Unis. Convaincu que le peuple juif est en train de « disparaître de la Terre », il envoie un mémorandum au président Roosevelt, dont il croit qu’il manque d’informations. De simples conseillers lui répondent des semaines plus tard qu’il faut prendre patience. Mortifié que Roosevelt ne perçoive l’urgence de la situation, il en conclut que les Alliés sont en train de se rendre complices indirectement du crime contre le peuple juif.

Le résistant catholique Jan Karski voit, lui, de ses propres yeux l’anéantissement du monde de Lemkin. A l’été 1942, il se rend avec une étoile jaune dans le ghetto de Varsovie, où il est témoin du sort qui est réservé aux juifs. « Ils étaient encore vivants, mais à part la peau qui les recouvrait, les yeux, la voix, il n’y avait plus rien d’humain dans ces formes palpitantes », écrit-il dans ses récits, qui seront ensuite publiés à Londres et à New York. Ses guides du ghetto lui indiquent que des crimes plus horribles sont perpétrés dans l’Est de la Pologne. Après avoir endossé en fraude l’uniforme d’un supplétif ukrainien des nazis, Karski se rend à Izbica, puis à Wolkowysk, le village d’enfance de Lemkin. Là, il voit, sent et entend les cris et la mort d’êtres humains entassés dans des wagons où l’on a versé de la chaux vive.

Lui aussi envoie un mémorandum à Roosevelt, dans lequel il l’avertit qu’« une politique bestiale d’extermination » est « commise de sang-froid ». Réfugié aux Etats-Unis fin 1942, il rencontre le président américain. Roosevelt, qui a déjà lu des dizaines de rapports sur le sujet, se montre plus préoccupé par l’économie de la Pologne. Il fait remettre à Karski une liste de personnalités juives à rencontrer. Nombre d’entre elles refuseront simplement de le croire, tel Felix Frankfurter, juge à la Cour suprême.

Il vous reste 59.54% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.