Au Monde Festival, le plaidoyer de Laurence Boone et Adam Tooze pour réconcilier croissance et environnement

Les économistes Adam Tooze et Laurence Boone, sans se risquer à prédire où et quand viendrait la prochaine crise, ont plaidé pour un « New Deal vert » pour préparer l’économie de demain au dérèglement climatique.

Par Publié le 09 octobre 2019 à 08h36 - Mis à jour le 09 octobre 2019 à 10h34

Temps de Lecture 3 min.

Peut-on prédire d’où viendra la prochaine crise économique ? Pour l’historien Adam Tooze et la chef économiste de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) Laurence Boone, invités par Marie Charrel à en débattre au Monde Festival le 5 octobre, une seule chose est sûre : la crise aura bien lieu. L’économie est ainsi faite.

Mais « ce qui s’est passé en 2008 était singulier », précise d’emblée Adam Tooze à l’auditoire du studio de l’Opéra Bastille :

« Ce type de choc massif, ce n’est pas quelque chose qui se reproduit, […] ce n’est pas une récession classique, c’est une expérience dévastatrice, très rare dans l’histoire économique. »

« La prochaine crise ne ressemblera pas à la précédente, qui elle-même ne ressemblait pas à celle qui la précédait », abonde Laurence Boone face à une salle comble malgré l’heure matinale de ce samedi. Sera-t-elle pire que le séisme de 2008 ? « Ce qui nous attend est probablement plus difficile », concède l’économiste, sans s’avancer sur la nature du prochain choc. Car, dit-elle, « ce qui se passe aujourd’hui est beaucoup plus pernicieux que précédemment ». L’OCDE, qui a récemment révisé à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2019 et 2020, s’inquiète en effet de « l’énorme bouleversement structurel », comme le décrit Laurence Boone, que constitue la guerre commerciale qui fait rage, entre autres, entre les Etats-Unis et la Chine, et ralentit les échanges commerciaux internationaux, pesant ainsi sur la croissance et l’emploi.

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« Criminel » de ne pas investir

Nul pessimisme pour autant dans le discours d’Adam Tooze et de Laurence Boone. Leur message est clair : les gouvernements ont les moyens d’agir pour préparer l’économie de demain. Avec l’investissement pour maître mot. « Il y a une irresponsabilité des gouvernements à ne pas profiter des taux négatifs pour investir à bas prix. [En ce moment], il suffit de se baisser pour ramasser l’argent ! », lance Adam Tooze, qui ne manque pas de reprocher à l’Allemagne sa frilosité en matière de dépenses publiques au nom de la rigueur budgétaire.

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Laurence Boone enchaîne sur un véritable plaidoyer pour l’investissement public. « Un hôpital, par exemple, ça doit nous servir à nous, à nos enfants, à nos petits-enfants, arrière-petits-enfants et encore ceux d’après. C’est normal de répartir le fardeau du financement sur plusieurs générations, c’est pour ça qu’on fait de la dette publique […] », explique celle qui juge « criminel » de ne pas profiter des taux négatifs pour investir dans les écoles, la transition écologique ou la transition numérique.

L’un et l’autre plaident notamment pour un « New Deal vert » qui permettrait de réconcilier croissance et environnement. Réduire la pollution pour améliorer la santé des populations (donc la productivité et, in fine, la croissance), investir pour des réseaux de transports publics plus vastes et plus propres, développer les réseaux de distribution d’électricité pour permettre le déploiement beaucoup plus large des énergies renouvelables… Les chantiers sont assez nombreux pour autoriser des investissements massifs. Notamment en Allemagne, rappelle Adam Tooze, où les centrales à charbon produisent encore une large partie de l’électricité.

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Laurence Boone insiste d’ailleurs sur la nécessité de penser ces plans d’investissement à l’échelle européenne, rappelant que les pays qui ne sont pas au plein-emploi peuvent fournir de la main-d’œuvre à ceux, comme l’Allemagne, dont les capacités industrielles sont proches de la saturation.

« On a tort de penser que transition écologique et inégalités vont de pair »

« Je ne suis pas d’accord avec l’idée de décroissance, poursuit-elle. Nous ne sommes pas assez uniformément riches, nous avons trop de personnes qui vivent mal pour nous permettre de ne pas croître suffisamment. » Et la chef économiste de l’OCDE de souligner le découplage, depuis 2000, de la croissance des émissions mondiales de gaz à effet de serre (qui a baissé de 22 %) et de la croissance du PIB (+ 58 %) pour appuyer son propos. « On a tort de penser que transition écologique et inégalités vont de pair, estime-t-elle. Si on améliore l’efficacité énergétique des bâtiments, la qualité des transports publics, la santé des citoyens en réduisant la pollution, […] cela bénéficie à tout le monde. » La salle semble vouloir y croire.

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