Ladj Ly : « Quand tu n’arrives pas à ­finir tes fins de mois, c’est normal que tu te ­révoltes »

Derrière sa fiction, la réalité n’est jamais loin. La bavure policière que le réalisateur a documentée en 2008 est devenue le sujet de son premier long-métrage, récompensé à Cannes cette année. Il présentera son film « Les Misérables » le 4 octobre, dans le cadre du Monde Festival.

Par Publié le 20 septembre 2019 à 09h18 - Mis à jour le 20 septembre 2019 à 14h48

Temps de Lecture 2 min.

Le réalisateur français Ladj Ly le 27 février 2018, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).
Le réalisateur français Ladj Ly le 27 février 2018, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). ERIC FEFERBERG/AFP

« J’ai eu la meilleure des enfances » : Ladj Ly s’amuse de notre surprise. Montfermeil, une cité-dortoir du « 93 », à côté de Clichy-sous-Bois. C’est ici que le réalisateur des Misérables, Prix du jury au dernier Festival de Cannes, présenté en avant-première au Monde Festival, avant sa sortie en salle le 20 novembre, a grandi. Ici que ses parents, maliens, père éboueur à la Ville de Paris, se sont installés en 1980, l’année de sa naissance. « Dès que j’ai eu 3-4 ans, j’étais dehors, dans la cité, raconte-t-il. C’était comme au bled. On traînait avec les potes. » En vieillissant, ses potes sont devenus Kim Chapiron, Romain Gavras, Toumani Sangaré, c’est-à-dire la bande de Kourtrajmé, « court-métrage » en verlan, un collectif de cinéma, et la cité est devenue leur studio.

Rendez-vous au Monde Festival : « Les Misérables » de Ladj Ly en avant-première au Monde Festival, en présence du réalisateur

C’est après que ça s’est gâté. Lorsque la cité est devenue une plaque tournante du deal et que la police s’est mise à y jouer les cow-boys. En 2005, à Clichy-sous-Bois, juste en face, deux gamins poursuivis par la police meurent électrocutés. Les quartiers s’embrasent. Inspiré du « copwatch » (« surveillance de la police »), un mouvement né à Los Angeles, Ladj Ly sort sa caméra vidéo sitôt que la police débarque. Un jour, il filme une bavure. Il alerte la presse, images à l’appui. C’est de cet épisode que naît le scénario des Misérables.

« Avec ma caméra, je protégeais la cité. »

Une barbe et des lunettes donnent à Ladj Ly un air intello. « Je sais ce que ça fait de se faire braquer à bout portant. De recevoir des menaces de mort. A Clichy-Montfermeil, les gens vivent avec 600 euros par mois, glisse-t-il. Quand tu n’arrives pas à ­finir tes fins de mois, c’est normal que tu te ­révoltes. Avec ma caméra, je protégeais la cité… La Haine, de Mathieu Kassovitz, nous a donné envie de faire des films. Après, j’ai appris sur le tas. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Festival de Cannes 2019 : le réalisateur Ladj Ly, Gavroche de Montfermeil à La Croisette

Ladj Ly marche à l’adrénaline. Celle des Misérables, comme celle qui le pousse à partir, en 2010, à Kidal, dans le nord du Mali, sur la trace d’otages français enlevés par Al-Qaida au Maghreb islamique. « Quand ça chauffe, je suis dans mon élément. » Il emmène son pote JR, alors inconnu, faire ses premières fresques à Montfermeil. Il monte une « école de cinéma » au cœur de la cité. Il a dans ses cartons des projets de restaurants…

Côté face, il a des connexions parisiennes. Côté pile, il habite Montfermeil, est marié à une infirmière qu’il a rencontrée au Mali, est le père soucieux des études de ses trois gamins. Le fils de prolo devenu l’homme à la caméra est « contagieux » (dixit son ami Kim Chapiron) et, dans le même temps, pudique. Lui qui, dans son enfance, servait de sujet aux premiers essais filmés de ses copains Kim et Romain, s’est retrouvé, en 2004, dans leur film Sheitan, à partager une scène d’amour avec Leïla Bekhti : « J’ai compris que je n’étais pas fait pour être comédien, dit-il avec un sourire. Il faut se mettre à poil. »

Dans le cadre du Monde Festival, le film « Les Misérables » sera projeté en avant-première et en présence du réalisateur, au cinéma Beau Regard, le vendredi 4 Octobre à 17h30.

Revivez les conférences et spectacles du Monde Festival 2019 sur le thème « Imagine » !

La rédaction du Monde a organisé, du 4 au 7 octobre à Paris, un festival de débats, spectacles et rencontres avec une centaine de personnalités.

Revivez les moments forts du Monde Festival Paris 2019

Portfolio : ils ont imaginé le monde de demain au Monde Festival

Retrouvez les vidéos intégrales des débats du Monde Festival 2019

Contribuer

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.