XAVIER LISSILLOUR

Le mystère de Bascapè, le village où l’industriel Enrico Mattei a disparu dans un accident d’avion

Par et

Publié le 19 août 2019 à 18h00 - Mis à jour le 20 août 2019 à 09h19

Une sculpture canine garde l’entrée du Musée Mattei, à Matelica. Dans ce village des Marches, en plein centre de l’Italie, on révère la bête avec autant de défiance que de dévotion. Contrairement à celui de la mythologie antique, ce cerbère-là ne dispose pas de trois têtes. Mais, du haut de ses six pattes, lui aussi veille sur des enfers. Regardez son museau : il crache des flammes, comme échappées des torchères d’une raffinerie. Admirez son allure altière : elle rappelle celle de l’indomptable Enrico Mattei, fondateur de l’ENI, la compagnie italienne des hydrocarbures, en 1953. Depuis, l’animal figure sur tous les logos du géant de l’énergie ; aujourd’hui encore, un cinquième des stations-service de la Botte l’ont pour emblème. « Le chien à six pattes, fidèle ami de l’homme à quatre roues », jappait le premier slogan de l’ENI, troussé par le cinéaste Ettore Scola, pour expliquer la physionomie insolite de ce drôle de cabot.

Au Musée Mattei de Matelica, point de glapissements. La mascotte scrute en silence les reliques du défunt patron, exposées sur une étagère : des montures de lunettes calcinées, une carte du Rotary Club décatie, un portefeuille rongé par le feu… Enrico Mattei a péri comme il a vécu, dans l’ardeur et la hardiesse. Accrochés aux murs du hall d’entrée, des clichés en noir et blanc témoignent du trépas : le 27 octobre 1962, l’avion personnel de Mattei, un biréacteur Morane-Saulnier parti de Catane, en Sicile, à destination de Milan, s’abîme sur un champ de Bascapè, une bourgade lombarde. D’abord attribué au mauvais temps et à la fatigue du pilote, puis à un sabotage, le crash n’a jamais été élucidé.

D’abord attribué au mauvais temps et à la fatigue du pilote, puis à un sabotage, le crash n’a jamais été élucidé

« Le site Internet de l’ENI continue d’indiquer que l’avion s’est écrasé, sans autre précision. Or mon grand-oncle a été assassiné !, s’emporte Aroldo Curzi Mattei, en pointant une image de la carcasse de la carlingue. Des pièces de l’engin ont été lavées, désinfectées, vendues puis fondues, avec l’assentiment des premiers enquêteurs. Les débris que nous montrons ici ont été récupérés in extremis par mon grand-père et ma mère, qui se sont rendus sur les lieux du désastre. » Le petit-neveu change vite de salle : « C’est encore trop douloureux pour nous. » La suivante est parsemée de photos moins funestes : Mattei, tout sourire, avec sa femme, la danseuse autrichienne Margherita Paulas ; Mattei en habits de pêcheur, sur les rives d’un lac canadien ; Mattei en compagnie du prince du Koweït ou du chah d’Iran…

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