Cannes 2018 : Zoe Kazan, de case en case

La petite-fille du cinéaste de « Sur les quais » présente, à la Semaine de la critique, « Wildlife », de Paul Dano, qu’elle a coécrit et coproduit.

Par Publié le 11 mai 2018 à 09h50 - Mis à jour le 11 mai 2018 à 09h53

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Zoe Kazan à l’hôtel Marriott à Cannes, le 10 mai 2018.

Que se passe-t-il sur les terrasses des palaces cannois, maintenant qu’Harvey Weinstein n’en foule plus le sol ? On y jacasse, on s’y prélasse ; il arrive aussi, plus littéralement, que des hommes s’y fassent terrasser – par des femmes, qui plus est. Prenez le toit de l’hôtel Marriott. En ce 10 mai, Zoe Kazan y reçoit la presse, à la faveur du mélodrame Wildlife, qui ouvre la Semaine de la critique. C’est le comédien Paul Dano, son compagnon depuis 2007, qui l’a réalisé, signant là son premier long-métrage ; elle l’a coécrit, d’après un roman de Richard Ford, et coproduit.

Lire la critique de « Wildlife » : Les désillusions d’un couple dans une Amérique mélancolique

L’endroit et le planning ont été agencés de sorte que chaque journaliste, pendant qu’il attend son tour, est contraint d’assister à la prestation de son prédécesseur. Soit, en ce qui nous concerne, un Espagnol croquignol, insistant assez lestement sur les suites du mouvement #metoo. Zoe s’en joue illico, comme Zorro du Sergent Garcia : « Je m’étonne que vous me sollicitiez aussi spontanément à ce sujet, rétorque-t-elle du tac au tac, alors que, depuis ce matin, Paul [Dano] n’a eu droit à aucune question sur la place des femmes à Hollywood. »

Quiconque s’aventure à la réduire à son physique, son genre, son couple ou son patronyme risque de la voir déguerpir tout de go

Notre confrère ibère revient à la charge, une fois, deux fois ; à la troisième, le picador est bouté hors de l’arène, et l’interview stoppée net. Nous voilà prévenu : ne surtout pas se fier à sa silhouette fluette, Zoe Kazan ne manque ni de mordant ni de répondant. Quiconque s’aventure à la réduire à son physique, son genre, son couple ou son patronyme – son grand-père, Elia Kazan, a révélé Marlon Brando et James Dean dans Sur les quais (1954) et A l’est d’Eden (1955) – risque de la voir déguerpir tout de go. Elle en avait d’ailleurs fait le sujet de son premier scénario, Elle s’appelle Ruby (2012), cosigné, déjà, par Paul Dano. Dirigés par un autre couple, Jonathan Dayton et Valerie Faris, les tourtereaux s’y donnaient la réplique. Lui campait un écrivain s’amourachant de Ruby, créature de rêve sortie de son imagination délirante. Elle incarnait cette Galatée s’émancipant, petit à petit, de son Pygmalion, jusqu’à acquérir la complexion, autrement complexe, d’une femme de chair et de sang.

« Mon disque dur externe »

Le rôle lui allait comme un gant : Zoe Kazan se défie des cases, autant qu’elle s’en nourrit. Elle a appris à lire, confie-t-elle mezza voce, en déchiffrant les scripts de ses parents, deux scénaristes polyvalents, versant dans le thriller comme dans le conte enfantin. Son père a travaillé pour Paul Schrader, Barbet Schroeder ou Stephen Gyllenhaal – dont le fils, Jake, joue dans Wildlife ; sa mère, spécialisée dans les adaptations littéraires, a bûché vingt ans durant sur L’Etrange Histoire de Benjamin Button, finalement mis en boîte par David Fincher en 2008.

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