La centrale nucléaire de Fessenheim à l’arrêt, point de départ d’un démantèlement inédit sur quinze ans

Victoire pour les antinucléaires, crève-cœur pour les salariés et habitants : la doyenne des centrales françaises a définitivement cessé de fonctionner. C’est la première fois qu’une centrale à eau pressurisée est arrêtée, puis démantelée intégralement.

Le Monde avec AFP Publié le 29 juin 2020 à 08h24 - Mis à jour le 30 juin 2020 à 07h22

Temps de Lecture 2 min.

A l’entrée de la centrale de Fessenheim, des banderoles ont été accrochées quelques jours avant l’arrêt definitif.

Quarante-trois ans de service et un démantèlement qui s’annonce long : ce lundi 29 juin, la centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim a, comme prévu, définitivement cessé de fonctionner avant d’être démantelée. Une victoire pour les antinucléaires mais un crève-cœur pour les salariés et les habitants.

L’opération, similaire à celle qui avait conduit à l’arrêt du premier réacteur, le 22 février, a commencé lundi à 16 h 30 – avec un peu d’avance par rapport à l’horaire annoncé –, avec une baisse progressive de la puissance du second réacteur, selon un porte-parole d’EDF. Le second réacteur a été débranché du réseau électrique national lundi soir à 23 heures, a annoncé EDF.

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Installée en bordure du Rhin, près de l’Allemagne et de la Suisse, la plus vieille centrale de France a donc cessé pour toujours de produire de l’électricité. Son démantèlement peut alors commencer. Il s’annonce long : quinze ans sont prévus pour démonter les deux réacteurs, à commencer par l’évacuation du combustible hautement radioactif qui, selon le calendrier prévu, s’achèvera en 2023.

Le démantèlement proprement dit, inédit en France à cette échelle, devrait débuter à l’horizon 2025 et se poursuivre au moins jusqu’en 2040. « C’est la première fois qu’une centrale nucléaire à eau pressurisée [la technologie qui équipe les 56 réacteurs restants du parc français] est arrêtée puis démantelée intégralement », explique un porte-parole d’EDF.

Vue de la centrale nucléaire de Fessenheim, quelques jours avant son arrêt definitif.

Auparavant, d’autres centrales avaient subi le même sort, comme celle de Brennilis, dans le Finistère, mais elles utilisaient des technologies différentes, précise-t-il.

« On se retrouve complètement à sec »

Victoire pour les antinucléaires français, allemands et Suisse, dont certains ont milité pendant des décennies contre Fessenheim, cette fermeture suscite au contraire la colère des salariés de la centrale et de la plupart des 2 500 habitants de la bourgade éponyme.

« On avance inéluctablement vers la fin (…) cette situation ressemble à un génocide économique, social et écologique. Courage aux salariés de #Fessenheim », a tweeté vendredi la CGT de la centrale. Seuls soixante salariés EDF resteront pour conduire son démantèlement vers 2024. A la fin de 2017, ils étaient encore 750 ainsi que 300 prestataires.

Quant aux habitants de ce village autrefois modeste, ils ont vécu pendant des décennies grâce aux importantes retombées économiques et fiscales de cette installation et craignent un grand trou d’air économique : aucun projet n’est officiellement arrêté pour l’après-Fessenheim.

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L’installation d’un technocentre, destiné à devenir un site-pilote de décontamination des métaux faiblement radioactifs ou encore une usine de biocombustible sont bien en projet, avec plusieurs centaines d’emplois à la clé, mais ils ne se concrétiseraient pas avant quelques années.

Fermer la centrale, alors qu’elle « est en bon état de marche, et a passé tous les tests de sécurité », est « absurde et incompréhensible », s’énerve le maire, Claude Brender. « Clairement, après la fermeture, on se retrouve complètement à sec et très loin de tout projet de territoire », a également relevé le président de la région Grand-Est, Jean Rottner, qui regrette la « décision politique » de l’Etat prise sans avoir prévu d’« outils de remplacement ».

Promesse de campagne de François Hollande en 2012, cette fermeture avait été repoussée à maintes reprises, avant d’être actée en avril 2017. Comme un clin d’œil du destin : vendredi matin, le réacteur no 2 a subi un arrêt automatique à la suite d’un coup de foudre sur des lignes à haute tension. Il a redémarré sans problème samedi. Mais il a donc dû être à nouveau éteint trois jours plus tard. Cette fois pour toujours.

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Le Monde avec AFP

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