« Je me retrouve sur le carreau », ou comment la crise percute la trajectoire des jeunes diplômés

L’entrée chaotique sur le marché du travail des jeunes pourrait avoir des conséquences sur le long terme, notamment sur les salaires.

Par Publié le 13 juin 2020 à 10h34 - Mis à jour le 13 juin 2020 à 17h46

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Début 2020, Timothée, venait tout juste de décrocher, à 24 ans, un poste d’analyste chez Deloitte, l’un des plus gros cabinets de conseil et d’audit de France. Mais, au mois de mars, ce jeune diplômé de l’école de commerce ICN, à Nancy, a été brutalement remercié : sa période d’essai n’a pas été renouvelée par l’entreprise, en baisse d’activité.

Comme plusieurs de ses jeunes collègues du cabinet, Timothée s’est alors trouvé sur un marché du travail en souffrance. De ses quelques processus d’embauche, il est ressorti bredouille : tous ont été gelés, au moins jusqu’en octobre. « Les entreprises m’ont dit que c’était un trop gros risque d’embaucher des profils juniors dans ce contexte », explique Timothée. Dans deux ans, les mensualités de son prêt étudiant de 30 000 euros, contracté pour financer son école de commerce, commenceront pourtant à tomber. « Plus question de faire la fine bouche », résume-t-il.

Périodes d’essai arrêtées, CDD non renouvelés, embauches gelées… Les jeunes diplômés, encore sans ancrage dans le marché du travail, sont les premiers à pâtir de la crise économique engendrée par le confinement. Le nombre d’offres d’emploi leur étant destinées a chuté de 69 % sur le mois d’avril, par rapport à la même période l’année précédente, selon les chiffres de l’Association pour l’emploi des cadres. La baisse la plus brutale concerne la communication et les médias (– 85 %), viennent ensuite l’hôtellerie, la restauration, l’automobile ou encore l’aéronautique, qui ont été à l’arrêt pendant plus de deux mois.

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La chute des offres est également marquée (– 70 % en moyenne) dans les trois secteurs habituellement les plus pourvoyeurs d’emplois pour les jeunes diplômés : l’ingénierie, le conseil et gestion des entreprises, et même l’informatique, qu’on pensait davantage préservée. « Difficile de savoir s’il s’agit d’un report ou d’une destruction des offres, mais une chose est sûre : pour l’heure, on ne note aucune reprise, précise Philippe Dialynas, directeur général adjoint de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). Tout dépendra des effets d’amortisseur social du dispositif de chômage partiel, mais aussi du maintien de la trésorerie des entreprises. »

Plus de contrats courts et précaires

Reste que, dans un contexte de décrochage global de l’économie, tous les indicateurs sont au rouge pour les moins de 25 ans, dont le taux de chômage s’envole (+ 29 % en avril). Une situation qui remet en question l’embellie que connaissaient, depuis quelques années, les bac + 5. « L’emploi des primo-arrivants est le plus fragile, car davantage soumis aux fluctuations conjoncturelles, indique l’économiste Yannick L’Horty, directeur de recherche au CNRS. La période d’insertion – caractérisée par une alternance entre emploi et non emploi – s’était déjà grandement allongée par rapport à leurs aînés : la crise risque de renforcer cette instabilité, à travers plus de contrats courts et précaires. »

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