Manifestation contre la fermeture du site de Choisy-le-Roi : « Notre match, c’est tous les salariés contre les patrons de Renault »

Plusieurs centaines de personnes, des salariés et leur famille, des élus, des militants syndicaux, ont manifesté samedi contre la fermeture du site Renault de Choisy-le-Roi.

Par Publié le 06 juin 2020 à 21h47 - Mis à jour le 08 juin 2020 à 14h17

Temps de Lecture 5 min.

Des salariés de l’usine Renault de Choisy-le-Roi manifestent contre le plan d’économie du constructeur automobile, le 6 juin 2020.

Sans se concerter, ils étaient nombreux à avoir revêtu la même veste pour venir manifester avec leurs familles dans les rues de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), samedi 6 juin, contre la fermeture de leur usine. Une veste noire, qui leur avait été distribuée il y a quelques années, avec au dos l’inscription « groupe Renault » et sur la poitrine un logo entremêlant des engrenages à ce slogan, tristement ironique pour eux désormais : « Choisy 2020, ensemble vers l’excellence ».

« Ah oui, il faudrait casser les engrenages, grince Frédéric, 44 ans, qui travaille à l’assemblage de moteur et manifestait avec sa compagne et ses deux fils. Cette veste, c’était pour marquer des objectifs, on avait plein de projets qui devaient aboutir cette année. Alors quand y a quinze jours, au petit déjeuner, j’ai entendu à la radio qu’ils parlaient de fermer Choisy, je me suis dit “c’est pas possible, j’ai mal entendu” ! Après y a de la colère, du dégoût, on passe par toutes les émotions. »

Pour Fabrice, bientôt 50 ans, dont vingt à l’usine, même engrenage sur la poitrine, ce fut « un gros coup de massue sur la tête » : « On ne s’attendait pas à ça. Pour nous, on est une usine rentable, c’est incompréhensible ! »

Les salariés ont appris que leur site était menacé par la presse, à la mi-mai, Le Canard enchaîné et Les Echos révélant que Choisy comme deux autres sites Renault, à Dieppe (Seine-Maritime) et à Caudan (Morbihan), seraient voués à la fermeture à court terme.

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Le 29 mai, en annonçant un plan d’économies de 2 milliards d’euros sur trois ans, et la suppression de 15 000 postes, dont 4 600 en France, le président du groupe Renault, Jean-Dominique Senard, n’officialisait finalement que le transfert de l’activité de l’usine de Choisy-le-Roi au site de Flins (Yvelines), à 70 km. Faisant de Choisy-le-Roi, où travaillent 263 salariés, le « seul site à fermer en France à l’horizon 2022 » sur les quatorze sites industriels du groupe.

Or le site de Choisy a une activité très spécifique, en économie circulaire : il est le seul, en France, à être spécialisé dans la rénovation et le reconditionnement des moteurs et des boîtes de vitesses pour permettre un échange standard, à moindre coût pour le consommateur comme pour l’environnement.

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Prenant la parole avant que le cortège ne s’élance, le maire PCF de Choisy, Didier Guillaume, a fustigé le « non-sens » qui consiste à fermer un site « hautement vertueux, qui travaille sur l’économie circulaire » et accueille des « jeunes en insertion ».

« Se battre chacun dans son usine, ça ne marchera pas »

De nombreux élus locaux étaient présent aux côtés des salariés et de leur famille, dans « un rassemblement allant au-delà des familles politiques », comme l’a précisé M. Guillaume, saluant les maires communistes de Valenton, Villeneuve-Saint-Georges et Vitry-sur-Seine, le député PS, tout juste élu, d’Alfortville, Luc Carvounas, et demandant le calme quand le député LRM de la circonscription, Jean-François Mbaye, a pris la parole sous quelques huées des manifestants. « Cette fermeture, c’est une aberration », a résumé Christian Favier, le président PCF du conseil départemental, se réjouissant que face « à cette annonce scandaleuse » de fermeture se lève « un large front pour dire non ».

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On notait encore la présence du député LFI Eric Coquerel (Seine-Saint-Denis), ainsi que celle du secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, mais aussi de délégations de salariés d’autres usines du groupe Renault et même du site PSA de Poissy. « On ne peut pas se battre chacun dans son usine, ça ne marchera pas. Il faut une offensive générale », a lancé Jean-Pierre Mercier, délégué central CGT chez PSA et porte-parole de LO.

« On ne veut pas participer au match que la direction de Renault est en train de mener : Choisy contre Flins. On est là pour dire que notre match, c’est tous les salariés contre les patrons de Renault, explique Olivier Augustin, délégué CGT à Flins.

« La vérité, c’est que Flins va fermer, quoi qu’en dise la direction. Mais qu’ils sont un peu embêtés parce qu’on est près de 4 600 à bosser là-bas, si l’on compte les embauchés, les intérimaires et les sous-traitants. Donc ils veulent y aller doucement, en envoyant l’activité de Choisy chez nous pour qu’il reste quelque chose quand on arrêtera d’assembler la Zoé. Mais nous ne sommes pas dupes. »

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« C’est un choix politique ! »

Une analyse partagée par Bruno Talazacq, délégué FO (majoritaire), élu au comité social et économique (CSE) de l’usine de Choisy et qui était présent cette semaine lors de la visite d’une délégation de la direction générale du groupe :

« Ils nous parlent d’enclavement du site, alors qu’on est à côté de la Seine, d’une voie ferrée et de l’A86. On nous dit que nos coûts fixes sont plus élevés qu’ailleurs : mais on ne peut pas comparer l’artisanat industriel que demande l’échange standard avec les coûts fixes d’une grande usine de production ! Je crois surtout qu’ils ont choisi de sacrifier notre petite usine qui ne faisait pas grand bruit pour s’éviter le scandale que ferait la fermeture de Flins. C’est un choix politique ! »

« Direction générale ? Des voyous ! Direction générale ? Assassins ! Direction générale, incompétente ! », a scandé la tête de cortège où se mêlaient, dans une même détermination, presque retraités et jeunes embauchés. Tous refusaient la perspective d’un transfert à Flins, à 70 km de site à site, et parfois plus pour nombre de salariés habitant en Essonne.

« Il y en a, ça fait quatre générations qu’ils sont ici ! »

« C’est tout notre projet de vie qui est remis en question, témoignait Mélanie, 36 ans, mariée à un salarié. Elle arborait un tee-shirt distribué pour les festivités des 70 ans de l’usine, en 2019. Ce site, il fait partie de mon histoire familiale : mes grands-parents, ma mère, mon oncle y ont travaillé, j’y ai rencontré mon mari alors que j’y faisais un job d’été, mon fils y a fait son stage de troisième. On y est très attaché. »

« Toutes ces familles, ça rappelle qu’on ne parle pas que d’emploi. Fermer une usine, ça touche toute la vie des gens », rappelait Samir Slim, délégué FO. « Il y en a, ça fait quatre générations qu’ils sont ici ! On va tout déménager ? Mais pour quoi, pour un projet qui n’existe pas ? On va se battre pour les familles et les enfants. On est ensemble », a lancé, devant l’usine, Stéphane Maillet, délégué CFE-CGC.

Les salariés ont levé vendredi leur grève après quatre jours de blocage. Ils attendent désormais la présentation en détail du plan d’économies au CSE central, le 16 juin.

Lire l’entretien : Jean-Dominique Senard : « Il s’agit de la survie de Renault »
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