Le rapport du Sénat sur l’incendie de Lubrizol « interroge l’organisation industrielle moderne »

Relocaliser l’industrie c’est aussi prendre le risque du risque industriel, rappelle notre éditorialiste économique Philippe Escande.

Publié le 05 juin 2020 à 11h35 - Mis à jour le 05 juin 2020 à 11h50 Temps de Lecture 2 min.

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A Rouen, face à l’incendie de l’usine Lubrizol, le 26 setembre 2019.

Une catastrophe chasse l’autre. En plein déconfinement, le Sénat vient opportunément nous rappeler que le risque pandémique n’est qu’une des facettes du monde dangereux qui est le nôtre. Son rapport d’enquête, fouillé et équilibré, sur l’incendie de l’usine Lubrizol en septembre 2019 comporte nombre d’enseignements utiles sur l’état de nos sociétés face au risque. Des observations d’autant plus judicieuses que l’on évoque avec insistance la nécessité de relocaliser des industries en France.

Bien sûr, l’incendie qui s’est déclaré le 26 septembre 2019 dans cette usine de fabrication de lubrifiants pour automobiles ne peut être comparé en importance avec la crise due au Covid-19 et ses quelque 30 000 morts. La catastrophe industrielle n’a fait aucune victime et sa gestion opérationnelle a été jugée plutôt efficace par les parlementaires. Mais les questions posées sont finalement les mêmes. Elles interrogent l’état de l’opinion, les relations entre les acteurs et l’organisation industrielle moderne.

Théories du complot

Les accidents industriels ne sont pas nouveaux et toujours spectaculaires. L’explosion de l’usine chimique AZF en 2001 avec ses 31 morts et ses milliers de blessés est restée dans les mémoires et a marqué une opinion de nouveau obnubilée par la sécurité. Selon une étude Odoxa de 2019 citée par le rapport, près de 60 % des Français se sentent désormais en insécurité, alors que la sécurité ne s’est pas objectivement dégradée ces dernières années, et surtout ne croient plus dans la parole politique.

« L’incendie de l’usine Lubrizol et l’attaque à la Préfecture de police de Paris […] érodent sérieusement la confiance des Français à l’égard du gouvernement pour les protéger », explique l’étude, qui fait état d’un « déficit d’information criant » au sujet des risques industriels et technologiques. Beaucoup ne croient pas non plus les médias et se réfugient dans les réseaux sociaux, terreau de toutes les théories du complot. D’où l’exigence renouvelée de transparence, de précision et d’honnêteté de la parole publique, pièce maîtresse de toute communication de crise, comme on l’a vu avec le coronavirus.

Diluer les responsabilités

Les relations entre les acteurs de la chaîne, entreprises privées, collectivités locales, préfectures, gouvernement, sont aussi pointées du doigt. Avec là encore la tentation centralisatrice qui court-circuite les acteurs de terrain et notamment les collectivités locales. L’articulation de ces différents échelons est à revoir, qu’il s’agisse d’industrie ou de santé.

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