La Banque centrale européenne annonce un nouveau et énorme plan de soutien à l’économie

L’institution de Francfort ajoute 600 milliards d’euros au programme de 750 milliards d’achat de dettes annoncé en mars. Son plan, qui devait se terminer fin 2020, est prolongé jusqu’à la mi-2021.

Par Publié le 04 juin 2020 à 14h57 - Mis à jour le 05 juin 2020 à 06h36

Temps de Lecture 3 min.

Le siège de la Banque centrale européenne, à Francfort (Allemagne), le 29 avril.

S’il fallait une preuve que la crise économique et financière provoquée par le confinement sera longue et sévère, la Banque centrale européenne (BCE) l’a apportée, jeudi 4 juin. Elle a de nouveau sorti le bazooka monétaire, annonçant un plan d’achat de dettes de 600 milliards d’euros supplémentaires.

Cela vient s’ajouter aux 750 milliards d’euros déjà annoncés à la mi-mars, avec le plan pandémie (PEPP), en plus des quelque 300 milliards annoncés précédemment (plan dit PSPP). Au total, plus de 1 600 milliards d’euros sont sur la table. Ces sommes dépassent de très loin tout ce qui avait été fait au moment de la crise de la zone euro. Jamais l’institution de Francfort n’avait autant fait tourner la planche à billets.

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Non seulement les montants sont historiques, mais la banque centrale de la zone euro a aussi allongé la durée de son intervention. Le PEPP est prolongé jusqu’à la fin juin 2021, alors qu’il devait initialement arriver à échéance fin 2020. De plus, la BCE annonce qu’elle entend conserver les dettes qu’elle achète sur les marchés « au moins jusqu’à fin 2022 ».

En clair, la politique monétaire de la zone euro restera extrêmement souple au moins jusqu’à cette date. Avec la pandémie, l’Europe et les Etats-Unis se sont enfoncés un peu plus dans une nouvelle ère de taux d’intérêt à zéro ou négatifs (le taux de dépôt la BCE est de – 0,5 %), et d’intervention massive des banques centrales sur les marchés financiers.

Ces milliers de milliards d’euros ne sont pas des sommes abstraites, coupées de la réalité. En achetant la dette des Etats, la BCE fait baisser les taux d’emprunts. Cela permet aux gouvernements de se financer à bas prix, et donc de payer pour le chômage partiel, les nombreuses aides sociales et les plans de relance actuels.

Concrètement, il s’agit d’une « monétisation » de la dette : c’est la monnaie, créée par la BCE, qui finance les Etats, et non pas les investisseurs privés.

Le taux d’emprunt de l’Etat italien s’est détendu

Après l’annonce de la BCE, jeudi, le taux d’emprunt de l’Etat italien s’est d’ailleurs détendu, passant de 1,6 % à 1,4 %, ce qui était l’effet recherché. Pareil pour la France, avec des taux qui sont passés en territoire négatif pour l’emprunt à dix ans, à – 0,03 %.

Arrivant avec un masque sur le visage, pour une conférence de presse donnée en visioconférence, Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a opté pour un ton très sombre, parlant d’une « contraction sans précédent » de l’économie. « Des pertes sévères d’emplois et de revenus et un niveau exceptionnel d’incertitude sur la conjoncture économique ont provoqué une chute significative des dépenses des consommateurs et des investissements [des entreprises]. »

Elle anticipe une baisse du produit intérieur brut de la zone euro de 8,7 % en 2020, suivie d’un rebond de 5,2 % en 2021, mais reconnaît que le principal risque est que la situation s’aggrave. Elle admet aussi que la zone euro frôle la déflation. Elle prévoit seulement 0,3 % de hausse des prix à la consommation en 2020, et 1,3 % d’ici à 2022. C’est la plus faible prévision d’inflation à long terme de l’histoire de la BCE.

La BCE intervient aussi auprès des entreprises, en achetant des obligations et des prêts de trésorerie

Pour tenter de relancer la croissance – mais aussi pour soutenir l’inflation, qui est son mandat officiel –, la BCE compte donc massivement sur le plan PEPP. Celui-ci, en plus d’atteindre désormais 1 350 milliards d’euros, a l’avantage d’être très flexible.

En particulier, la BCE peut désormais choisir les pays auxquels elle vient en aide, alors que les plans précédents l’obligeaient à intervenir équitablement entre les pays de la zone euro. L’Italie en a particulièrement profité, la BCE achetant massivement ses obligations afin d’éviter que les emprunts de la troisième économie de la zone euro ne s’envolent, ce qui pourrait entraîner une nouvelle crise de l’union monétaire. Inversement, elle a peu acheté de dette de l’Etat français, qui n’en a guère besoin, puisque son taux d’emprunt tourne déjà autour de zéro pourcent.

Par ailleurs, l’institution intervient aussi auprès des entreprises, en achetant des obligations et des prêts de trésorerie (« commercial papers »). Cela permet à ces sociétés de se financer à bas coûts.

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Reste que le PEPP, lancé en mars avec 750 milliards d’euros, s’avérait déjà incomplet. La BCE en a déjà dépensé 235 milliards et, à ce rythme, le plan aurait été épuisé en octobre. Il fallait donc l’augmenter.

Mais même la hausse annoncée jeudi risque de ne pas suffire. Si la BCE continue à la même vitesse, les 1 350 milliards seront épuisés en février 2021. D’ici là, soit l’économie aura rebondi et la Banque centrale pourra lever le pied. Soit, et c’est plus probable, une nouvelle rallonge sera nécessaire pendant l’hiver.

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