Goodyear condamnée pour le licenciement abusif de 832 salariés de son usine d’Amiens-Nord

Spécialisée dans la fabrication de pneus agricoles, l’usine avait fermé en janvier 2014, après un bras de fer de plus de six ans entre le personnel et la direction, entraînant la suppression de 1 143 emplois.

Publié le 28 mai 2020 à 15h11 - Mis à jour le 28 mai 2020 à 22h13

Temps de Lecture 3 min.

Manifestation des anciens employés de Goodyear à Paris, le 4 février 2016.

La direction de Goodyear a été condamnée, jeudi 28 mai, par le conseil de prud’hommes d’Amiens, pour le licenciement abusif de 832 salariés de son usine d’Amiens-Nord, fermée en janvier 2014 et qui employait alors 1 143 personnes.

Le montant des dommages-intérêts devant être versés n’était pas immédiatement disponible. Le tribunal a néanmoins demandé une exécution provisoire de ce jugement, selon l’avocat des salariés, Fiodor Rilov. De son côté, la direction a fait savoir qu’elle prenait « acte » de ce jugement, ajoutant qu’elle se réservait « le droit de faire appel ».

Cette condamnation du géant du pneumatique pour « licenciement sans motif économique valide » a été saluée comme un « jugement historique, emblématique » auprès du Monde par MRilov :

« C’est le couronnement d’années de bataille et de lutte acharnée des salariés de ce site, qui avaient décidé de ne pas se laisser faire. (…) Pendant ces six années qu’a duré la procédure, beaucoup de gens leur ont dit qu’ils avaient tort de se battre, que ça n’en valait pas la peine. »

« Nous allons assister à une avalanche de licenciements, les multinationales vont se servir de la pandémie pour mettre en œuvre des plans de restructuration décidés en fait de longue date, utilisant le Covid-19 comme un prétexte, c’est lugubre (…). J’espère que ce jugement inspirera des milliers de salariés qui vont lutter dans les mois à venir contre ces licenciements injustes », a ajouté MRilov.

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« Long, fastidieux, violent, compliqué »

« On est très heureux. Cela prouve que ça vaut le coup de se battre (…). Ç’a été long, fastidieux, violent, compliqué, mais au bout ça paie », s’est félicité pour sa part auprès du Monde Mickaël Wamen, ex-délégué CGT du site, figure de cette lutte. Et d’ajouter :

« J’en veux aux hommes et aux femmes politiques qui, depuis tout ce temps, auraient pu faire des lois pour interdire ces licenciements boursiers, sans motif économique. Parce qu’on a gagné, on va être indemnisé, mais Goodyear ne rouvrira pas pour autant ce site industriel. Les emplois, eux, sont perdus. »

Cette « victoire ne permettra pas de redonner du travail à ceux qui sont restés sur le bord de la route et ne rétablira pas les drames sociaux et humains. Je pense notamment aux familles endeuillées à cause de cette catastrophe industrielle », a expliqué Evelyne Becker, ex-déléguée CGT. Mais pour elle, ce jugement « nous rend notre dignité face à une multinationale qui nous a méprisés et humiliés. Surtout, elle va nous permettre de passer à autre chose ».

Une allusion au long bras de fer social et judiciaire ayant opposé les deux parties depuis l’annonce en 2007 de la réorganisation des deux sites d’Amiens-Nord et d’Amiens-Sud en vue d’un complexe industriel unique.

« Enfin ! Après treize ans de bagarre, la justice le reconnaît : la fermeture de Goodyear n’était pas justifiée. Bravo aux lutteurs ! Bravo à Mickaël, Evelyne, Franck et leurs 832 collègues ! Stop à ce monde, stop à l’Europe du dumping ! », a réagi sur Twitter le député LFI de la Somme, François Ruffin.

Spécialisée dans la fabrication de pneus agricoles, l’usine Goodyear d’Amiens-Nord avait fermé en janvier 2014, après un bras de fer de plus de six ans entre le personnel et la direction. Sur les plus de 1 000 salariés de l’entreprise, 832 s’étaient lancés dans une procédure d’une ampleur inédite devant le conseil de prud’hommes, nécessitant notamment de délocaliser l’audience hors des murs du tribunal.

A l’audience dite de départage du 28 janvier, à laquelle environ 550 personnes avaient assisté, MRilov avait insisté sur les bénéfices d’exploitation mondiaux à l’époque du groupe Goodyear, d’un montant de 1,7 milliard de dollars.

Il avait considéré cette affaire comme « emblématique du refus des ouvriers de se laisser écraser à l’occasion du démantèlement de leur outil de travail pendant que leur employeur réalise des profits colossaux ».

Le Monde

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