La crise due au coronavirus fait exploser le déficit de la Sécurité sociale

Le déficit devrait atteindre 41 milliards d’euros en 2020, a annoncé mercredi Gérald Darmanin. Du « jamais-vu », selon le ministre de l’action et des comptes publics.

Par et Publié le 23 avril 2020 à 10h16 - Mis à jour le 23 avril 2020 à 10h18

Temps de Lecture 3 min.

C’est un montant colossal annoncé, mercredi 22 avril, par Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics : 41 milliards d’euros de déficit prévus en 2020 pour la Sécurité sociale. Une somme qui fait suite à l’ampleur exceptionnelle de la crise sanitaire, et qui a de quoi « donner le tournis », a reconnu M. Darmanin devant la commission des affaires sociales du Sénat. C’est même du « jamais-vu » selon lui, bien au-delà des 28 milliards d’euros record de 2010, au plus fort de la crise financière qui avait éclaté deux ans plus tôt. Ce chiffre catastrophique, qui agrège le régime général et le fonds de solidarité vieillesse (qui verse les cotisations ­retraite des chômeurs et le minimum vieillesse), est une mauvaise nouvelle de plus pour le gouvernement.

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, votée en fin d’année dernière, avait anticipé un déficit de 5,4 milliards d’euros pour cette année. La dégradation atteindrait donc plus de 35 milliards d’euros. Depuis 2010, le redressement des comptes a été long et douloureux.

Effondrement des recettes

Mais, au début du quinquennat, encouragé par une conjoncture économique favorable, l’exécutif espérait pouvoir atteindre l’équilibre dès 2019. Les concessions budgétaires faites l’an passé aux « gilets jaunes » ont eu raison de cet objectif, repoussé à 2023. Le pari est désormais impossible à tenir. D’autant que, selon M. Darmanin, le déficit pourrait se creuser davantage.

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Du côté de la branche maladie, le plongeon est spectaculaire. Le ministre a évoqué une hausse de l’Objectif national de dépense d’assurance-maladie (Ondam) de 6,5 %, au lieu des 2,4 % prévus, soit 8 milliards d’euros supplémentaires par rapport à ce qui a déjà été voté cet automne par le Parlement. La moitié de cette somme devrait être versée à Santé publique France pour l’achat d’équipements de protection (masques, blouses…), le coût des tests de dépistage du Covid-19 étant, à ce stade, encore inconnu.

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Trois milliards d’euros devraient bénéficier aux hôpitaux, notamment pour financer la prime destinée aux soignants. Le reste serait fléché sur les arrêts-maladie pour garde d’enfants ou personne vulnérable. L’Assurance-maladie devrait également venir en aide aux professionnels de santé libéraux dont les cabinets ont été désertés pendant la période du confinement. Nicolas Revel, le directeur général de l’Assurance-maladie, a assuré, lors d’une audition le 15 avril devant cette même commission du Sénat, que le coût de ce dispositif allait être « important ».

Mais ces dépenses ne sont rien en comparaison de l’effondrement des recettes, soit près de 31 milliards d’euros en moins, dû au très fort ralentissement économique du pays. Bercy anticipe une chute des cotisations sociales et de CSG de l’ordre de 20 milliards à laquelle viendront s’ajouter des pertes de recettes fiscales pour près de 11 milliards d’euros (TVA, taxe sur les salaires…). Pour l’heure, le gouvernement table sur une contraction du produit intérieur brut (PIB) de 8 % mais « plus la croissance sera négative, plus les chiffres se détérioreront », a prévenu M. Darmanin.

Des prévisions encore provisoires

Ces prévisions budgétaires restent donc provisoires et constituent, selon le ministre, une hypothèse basse qui part du principe que l’ensemble des cotisations patronales que l’exécutif a choisi de reporter pour soulager les entreprises seront payées d’ici décembre, « ce qui ne sera probablement pas le cas », a estimé le ministre. D’autant que le gouvernement travaille à « des annulations » pour des secteurs particulièrement touchés comme la restauration ou l’hôtellerie. Afin d’éviter tout problème de trésorerie, le plafond d’endettement de l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss) a été relevé à 70 milliards d’euros fin mars. La dette qui y est aujourd’hui stockée devrait atteindre 45 milliards d’euros.

« Il s’agit d’un choc choisi, celui du politique de soutenir l’économie »

Pour Julien Damon, professeur associé à Sciences Po, « c’est un choc d’une ampleur et d’une radicalité sans commune mesure avec le passé ». « Il s’agit là de l’une des traductions du “quoi qu’il en coûte” énoncé par Emmanuel Macron en mars, juge-t-il. Ce n’est pas comme en 2010 où le déficit résultait de la progression du chômage. Là, il s’agit d’un choc choisi, celui du politique de soutenir l’économie. »

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Jean-Marie Vanlerenberghe, sénateur (Union centriste) du Pas-de-Calais, rappelle, de son côté, que « la Sécurité sociale joue pleinement son rôle : comme son nom l’indique, elle a été conçue pour cela ». « C’est un déficit élevé qui va accroître la dette, ajoute-t-il. A nous de jouer avec l’Europe pour tenter de retarder le plus possible les échéances de remboursement. » Selon Boris Vallaud, député PS des Landes, « il faudra un mixte entre mutualisation de la dette sur le plan européen, mise à contribution des hauts revenus et plan de relance durable et créateur d’emplois ».

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