Coronavirus : 10 millions d’Américains se sont inscrits au chômage en deux semaines

Au total, 6,6 millions ont demandé les allocations-chômage selon le décompte hebdomadaire publié le 28 mars. Sept jours plus tôt, ils étaient 3,3 millions.

Par Publié le 02 avril 2020 à 17h08 - Mis à jour le 03 avril 2020 à 14h44

Temps de Lecture 3 min.

Des gens font la queue pour s’inscrire au chômage, le 17 mars à Las Vegas (Nevada).
Des gens font la queue pour s’inscrire au chômage, le 17 mars à Las Vegas (Nevada). JOHN LOCHER / AP

Le chiffre est abyssal : 6,6 millions d’Américains se sont inscrits au chômage lors de la semaine qui s’est achevée le 28 mars. C’est deux fois plus que les 3,3 millions enregistrés lors du décompte hebdomadaire précédent, et deux fois plus que les attentes, selon les chiffres publiés jeudi 2 avril par le département du travail.

En pleine crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19, l’économie des Etats-Unis tombe comme une pierre. Et la dégradation est généralisée.

« Dix millions de chômeurs de plus en deux semaines, c’est vingt fois le taux normal, et ce chiffre est sous-évalué. En comparaison, 9 millions d’emplois avaient été perdus lors de la grande récession » du début des années 2000, commente Paul Krugman, Prix Nobel d’économie (2008), sur Twitter. Le pire chiffre jamais enregistré l’avait été en 1982 avec 695 000 inscriptions au chômage. Cette tendance devrait se poursuivre.

En février, avant la crise, 5,8 millions d’Américains, sur une population active de 164 millions, cherchaient un emploi, avec un taux de chômage de 3,5 %. On peut estimer désormais qu’environ un sur dix est au chômage, même si les chiffres officiels de l’emploi pour le mois de mars publiés vendredi 3 avril ne reflètent pas cette dégradaton: ils annoncent un taux de chômage de 4,4% seulement, mais c’est parce que l’enquête du département du travail portait sur l’emploi de la deuxième semaine de mars, avant l’explosion de la crise.

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L’ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, Larry Summers, a estimé sur la chaîne CNN que l’Amérique n’était même pas à mi-chemin et que le nombre de personnes qui allaient perdre leur job atteindrait sans doute « plusieurs dizaines de millions ».

L’Etat de New York, qui avait bien résisté avec 80 000 inscriptions la semaine précédente, est cette fois-ci pris dans la tourmente, avec 366 000 nouvelles demandes. La situation est catastrophique en Californie, où elles ont quadruplé en une semaine (879 000 contre 186 000). La Pennsylvanie, Etat désindustrialisé décisif pour la réélection de Donald Trump en novembre, reste sur une pente épouvantable, avec 406 000 demandeurs d’emploi.

Climat très sombre

De nombreuses entreprises espéraient « tenir » pendant l’épidémie en conservant leurs employés ou en leur payant leur assurance-maladie pendant le mois d’avril. Ces prédictions sur une crise courte sont manifestement révisées.

S’y ajoute la création d’une indemnisation fédérale du chômage de 600 dollars (552 euros) par semaine, ouverte aussi aux travailleurs indépendants ou « ubérisés ». Cette innovation a pu augmenter le nombre des demandeurs d’emploi.

Il n’empêche, le climat est très sombre. Boeing, qui avait jusqu’à présent refusé de faire un plan de licenciement, va offrir des paquets de départs volontaires à plusieurs milliers de salariés. Les pertes d’emplois devraient se poursuivre, alors que les Etats annoncent, les uns après les autres, des mesures de confinement de plus en plus serrées.

Amazon, en revanche, a annoncé avoir réalisé 80 000 des 100 000 embauches prévues pour faire face au surplus de demande par Internet. Les marchands d’armes font aussi fortune, si l’on en croit les contrôles d’antécédents réalisés par la police fédérale (FBI) qui ont atteint le record de 2,375 millions en mars, les Américains s’armant massivement avec la progression de l’épidémie.

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Vendredi, les entreprises pourront postuler aux prêts octroyés par l’administration à travers le plan de soutien à l’économie, pour un montant total de 350 milliards de dollars. Ils seront non remboursables si les entreprises utilisent les fonds pour maintenir l’emploi et payer les abonnements de première nécessité (loyer, téléphone, etc.). Les procédures bureaucratiques inquiètent toutefois les chefs d’entreprise et les banques, chargées d’administrer les prêts.

De même, les Américains devraient recevoir prochainement leur chèque du Trésor (1 200 dollars par personne plus 500 par enfant à condition de gagner moins de 75 000 dollars par personne et par an) : l’administration cherche un moyen pour éviter que les foyers à faible revenu non assujettis à l’impôt sur le revenu aient à remplir des demandes administratives complexes et renoncent à leur dû.

Nouveau train de mesures

Les Etats-Unis ont complètement abandonné l’idée, évoquée par le président Donald Trump, d’un pays libéré du virus pour les fêtes de Paques, mi-avril. Le Congrès réfléchit à un nouveau train de mesures de soutien à l’économie, après les 2 000 milliards de dollars (environ un cinquième de la richesse annuelle) votés fin mars.

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L’idée de grands travaux d’infrastructure refait surface, mais le sujet est compliqué : le temps n’est plus aux années 1930 et 1950 où l’on bâtissait ponts, barrages et autoroutes avec des camps de travail. Et cette perspective est encore compliquée par l’épidémie, qui empêche les rassemblements sécurisés de travailleurs sur les chantiers.

La Bourse, qui se préparait à ouvrir en hausse jeudi, s’est retournée : à Wall Street, l’indice Dow Jones a commencé la séance en baisse, il s’est finalement redressé, dopé par la possible fin de la guerre pétrolière, pour finir en hausse de 2,24 %.

Pétrole : les doutes grandissent sur une fin de la guerre des prix

Le cours du pétrole brut repartaient à la baisse, vendredi 3 avril, après un bond record la veille, à mesure que les doutes grandissaient sur les déclarations de Donald Trump annonçant la fin de la guerre des prix entre la Russie et l’Arabie saoudite. Le baril de brent cédait 3,17 %, à 28,99 dollars. Jeudi, il avait gagné près de 50 % en séance après les Tweet du président américain disant « espérer et s’attendre » à ce que Moscou et Riyad réduisent leur production jusqu’à 15 millions de barils. Donald Trump a précisé que son annonce faisait suite à un entretien avec « [son] ami “MBS” [prince héritier] d’Arabie saoudite, qui a parlé avec le président Poutine ». Mais le Kremlin a immédiatement démenti qu’une telle conversation ait eu lieu. – (AFP.)

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