Coronavirus : « Une économie de guerre commence comme cela : d’abord des largesses, ensuite des sanctions, puis des réquisitions »

L’Etat resserre progressivement son étau sur l’économie et les entreprises. Il paye les salaires et les factures, sanctionne les abus et sera probablement, dans certains cas, contraint de procéder à des réquisitions, estime Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».

Publié le 30 mars 2020 à 09h47 - Mis à jour le 30 mars 2020 à 12h31 Temps de Lecture 2 min.

Article réservé aux abonnés

Le ministre français de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, à Paris, le 25 mars, au neuvième jour du confinement décrété par les autorités pour enrayer la pandémie de Covid-19.
Le ministre français de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, à Paris, le 25 mars, au neuvième jour du confinement décrété par les autorités pour enrayer la pandémie de Covid-19. FRANCOIS MORI / AFP

Pertes et profits. Katarina Barley, la députée sociale-démocrate allemande, vice-présidente du Parlement européen, n’est pas contente du tout. Désignant ses baskets Adidas, elle tweete : « Ce sont les dernières Adidas que nous achèterons. Pour une multinationale qui a réalisé 3,2 milliards d’euros de profits en 2019, c’est minable d’exploiter des règles destinées à des entreprises luttant pour leur survie. » Sa colère, partagée par le ministre des finances et vice-chancelier, Olaf Scholz, a été provoquée par l’annonce de la firme qu’elle n’allait pas payer le loyer d’avril de ses magasins fermés, comme les récentes décisions gouvernementales l’y autorisent.

C’est le même courroux qui a motivé le ministre français de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, à annoncer, vendredi 27 mars, que les entreprises françaises ayant bénéficié d’aides d’Etat au titre de la crise du Covid-19, se verront interdire de verser des dividendes. Progressivement, l’Etat resserre l’étau sur son tissu économique. Paralysie de l’activité oblige, c’est désormais lui qui règle les factures et paye les employés pour éviter les faillites en cascade. Une économie de guerre, tout entière tournée vers le seul objectif de vaincre l’ennemi, commence comme cela : d’abord des largesses, ensuite des sanctions, puis des réquisitions.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : les « urgentistes » des entreprises sonnent l’alarme

Première étape, jetant par-dessus bord toutes les règles de la comptabilité publique, l’Etat s’endette au-delà de l’imaginable. Comme il anticipe un conflit relativement court, c’est toujours ce que l’on dit au début des guerres, il promet de ne laisser sombrer personne. Mais quelques petits malins en profitent pour économiser un peu d’argent. Alors, il sort le bâton pour punir les abus. Il pourrait aller plus loin et imposer aux plus fortunés de mettre la main au portefeuille afin d’aider les plus déshérités.

Gérer la sortie de crise

La troisième étape est la plus spectaculaire. En général, elle intervient quand la bataille se durcit et qu’il faut plus de moyens pour vaincre l’ennemi : c’est la réquisition. En 1914, comme en 1940, les belligérants ont enrôlé leur tissu industriel dans la fabrication d’avions, de bateaux, de chars ou de munitions.

Aujourd’hui, c’est de masques, de médicaments, d’appareils de réanimation que l’on manque, mais aussi d’hébergements. Au départ, on fait appel à la bonne volonté. Mais quand celle-ci est insuffisante, que les importations le sont aussi, l’Etat demande aux industriels de concourir directement à l’effort de guerre. Donald Trump enjoint à General Motors de fabriquer des respirateurs.

Il vous reste 18.77% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.