Coronavirus : Aïcha Issadounène, 52 ans, caissière chez Carrefour, a succombé au Covid-19

« On craint que le décès d’Aïcha ne soit que le premier d’une série », a réagi la CGT, qui menace d’appeler à la grève pour la protection des salariés.

Par Publié le 28 mars 2020 à 16h31 - Mis à jour le 30 mars 2020 à 09h39

Temps de Lecture 3 min.

Dans un supermarché, à-Jacut-de-la-Mer (Côtes-d’Armor), le 19 mars.
Dans un supermarché, à-Jacut-de-la-Mer (Côtes-d’Armor), le 19 mars. STEPHANE MAHE / REUTERS

« On craint que le décès d’Aïcha [Issadounène] ne soit que le premier d’une série » dans les grandes surfaces, redoute Amar Lagha, secrétaire général de la fédération CGT du commerce, de la distribution et des services, qui a annoncé, vendredi 27 mars, la mort des suites du Covid-19 de cette caissière du magasin Carrefour de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Aïcha Issadounène avait 52 ans et travaillait depuis trente ans dans cet hypermarché. Déléguée syndicale CGT, elle était « connue de tous » et « respectée », a réagi son entourage, cité par Le Parisien.

Le 17 mars, premier jour du confinement en France, elle avait été mise en arrêt-maladie. « Le directeur du magasin a été quotidiennement en relation avec elle jusqu’à son hospitalisation, puis avec sa famille », précise Carrefour, qui a appris sa mort le 26 mars par le directeur du magasin.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : dans toute la France, les caissières en première ligne

C’est le second décès qu’enregistre la fédération CGT, après celui d’un autre délégué, de 45 ans, responsable de la sécurité au centre commercial O’Parinor, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Selon l’Agence France-presse (AFP), un intérimaire de Manpower, en mission chez Fedex à Roissy, est également mort.

« Les salariés ont peur de la contamination »

La fédération CGT du commerce et des services, qui tient une comptabilité sanitaire du personnel via ses délégués de terrain, indique que « vendredi 28 mars, à 19 heures, il y avait chez Carrefour 129 cas suspects de coronavirus et douze cas confirmés », précise M. Lagha. Ces données sont en attente de confirmation par Carrefour.

Sur tous les secteurs qu’elle couvre, la fédération CGT « déplore et recense plus de 550 cas supposés et 181 cas avérés, dont plusieurs graves » :

« Nous avons (…) alerté le patronat et le gouvernement sur les réels risques liés à l’exposition de ces salariés dans le cadre de leur travail, en vain. La rentabilité et le profit ont eu raison de la santé et de la vie de ces travailleurs. »

Selon la fédération CGT, le taux d’absentéisme dans la grande distribution tourne autour de 38 % à 40 %. « Les salariés ont peur de la contamination, constate M. Lagha. C’est pour cela qu’il y a une prime de 1 000 euros », versée par certains groupes de la grande distribution à l’appel du gouvernement pour les salariés mobilisés pendant la crise.

« Quand vous gagnez 800 euros ou 900 euros par mois, observe M. Lagha, si 1 000 euros sont proposés, vous allez au travail. » « Quand ce gouvernement et ce patronat [de la grande distribution] vont-ils prendre la mesure de la gravité de la situation dans ces secteurs dits à continuité économique ? », alerte la CGT.

Des mesures ont certes été prises. « Dès les premiers jours du confinement, indique-t-on chez Carrefour, on a donné aux salariés du gel hydroalcoolique, des plexiglas ont été posés devant les caisses progressivement car il fallait les fabriquer, on a distribué des gants à volonté, des casquettes à visières ont été fournies, etc. Quant aux masques, que nous avons demandés depuis le début, on les attend évidemment, mais leur fourniture est indépendante de nous », en raison de la pénurie et de la priorité donnée aux personnels soignants.

« Mépris ou inconscience ? »

Les plexiglas ne sont arrivés que « le week-end du 21-22 mars », rectifie M. Lagha, qui réclame des masques dans toute la grande distribution. « Certains magasins Auchan ont reçu des masques périmés datant de 2001, souligne-t-il. Mépris ou inconscience ? » La CGT avait demandé, sans résultat, des « sas de décontamination à l’entrée de chaque hypermarché », dotés de gel hydroalcoolique pour les clients.

La mort d’Aïcha Issadounène va-t-elle amener Carrefour et d’autres acteurs de la grande distribution à moins exposer leurs salariés ? La fédération CGT, en tout cas, « exige une nouvelle fois du gouvernement qu’il impose [à ces entreprise] de n’ouvrir que les rayons de produits de première nécessité, restreindre les amplitudes horaires d’ouverture et fermer le dimanche ».  Une revendication soutenue par Stéphane Peu, député (La Gauche debout et insoumise) de Seine-Saint-Denis, dans une question écrite à Muriel Pénicaud, ministre du travail.

Lire aussi Coronavirus : les syndicats veulent protéger les salariés obligés d’aller travailler

« Des personnes passent l’après-midi à lire les journaux dans les magasins ! dénonce M. Lagha. Et comme les marchés ont fermé, il va y avoir plus d’affluence dans les grandes surfaces. »

Chez Carrefour, « les magasins seront fermés les deux dimanches à venir, indique le groupe. Ils ferment depuis cette semaine à 19 heures au lieu de 20, 21 ou 22 heures, il y a une seule caissière par îlot au lieu qu’elles soient dos à dos, etc. ». La direction conclut : « On évolue tous les jours. La politique de Carrefour est stricte depuis le début. »

Mais insuffisante pour la fédération CGT, qui va rencontrer ses homologues des autres syndicats dès lundi 30 mars. « Si le gouvernement n’impose pas de n’ouvrir que les rayons alimentaires, on appellera à la grève en fin de semaine prochaine. » En outre, la fédération « prépare une plainte contre » la ministre du travail, Muriel Pénicaud, et contre le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard.

Notre sélection d’articles sur le coronavirus

Retrouvez tous nos articles sur le coronavirus dans notre rubrique

Sur l’épidémie

Sur le déconfinement et ses enjeux

Contribuer

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.