Coronavirus : les assureurs seront peu mis à contribution

Le secteur est réticent à couvrir les pertes d’exploitation subies par les entreprises.

Par et Publié le 05 mars 2020 à 10h11 - Mis à jour le 05 mars 2020 à 10h12

Temps de Lecture 2 min.

Les usines à l’arrêt ? Les restaurants sans clients ? Les foires et salons annulés ou reportés ? Pour tous ces événements, le secteur de l’assurance ne sera que très peu mis à contribution. « La plupart du temps, les pertes d’exploitation sans dommages ne sont pas couvertes. Pour que nous intervenions, il faut, par exemple, qu’il y ait un incendie ou un bris de machine, explique Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l’assurance (FFA). Nous ne sommes donc pas la profession en première ligne. »

Il existe bien des assurances-annulations, que les organisateurs d’événements sportifs ou artistiques peuvent facilement souscrire, « mais elles sont généralement d’un montant limité », explique le directeur des risques d’un groupe d’assurance français, sous le couvert de l’anonymat.

Tout dépend, en outre, de la spécificité des contrats que la compagnie a signés avec ses clients. Lorsqu’ils s’assurent avant la tenue d’un salon, les organisateurs peuvent choisir l’événement déclencheur de l’annulation. Cela peut être la météo ou une décision administrative, comme l’annonce du gouvernement d’interdire les rassemblements de plus de 5 000 personnes en milieu confiné. « Chez nous, l’assurance va jouer si le client a souscrit une couverture “annulation sur décision administrative”, et s’il n’y a pas de clause d’exclusion des pandémies dans le contrat », explique François Nédey, membre du comité exécutif d’Allianz France. L’assureur essaie toutefois d’exclure ce risque, « car la notion de pandémie n’est pas définie juridiquement ».

« Si [la foire] n’a pas lieu, on sera techniquement en faillite »

Pour l’heure, les foires d’art prévues au printemps ne sont pas concernées par l’interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes. La jauge du Grand Palais, à Paris, qui doit accueillir, du 2 au 5 avril, la foire Art Paris Art Fair plafonne à 5 000 personnes. Le salon, qui aligne six exposants sud-coréens, venant de Séoul et non de la zone la plus contaminée de Daegu, dans le sud du pays, ainsi que six exposants italiens, a tenté de rassurer, vendredi 28 février, par courrier, ses exposants, qui, pour la majorité, ont déjà payé 60 % de leurs frais de participation.

Lire aussi Concerts, sorties de films et foires d’art : la liste des annulations et des reports dus au coronavirus

Sursis, aussi pour, le salon Drawing Now Art Fair, prévu du 26 au 29 mars au Carreau du Temple, à Paris, dont la jauge ne dépasse pas 3 000 visiteurs, ainsi qu’au Salon du dessin, qui doit se tenir, au même moment, au Palais Brongniart, qui n’excède pas 800 visiteurs quotidiens. « Aujourd’hui, j’ai investi 90 % de mon budget, notamment la location pour plus de 150 000 euros du Carreau du Temple. Si cela n’a pas lieu, on sera techniquement en faillite », s’inquiète Carine Tissot, codirectrice de Drawing Now.

« La conséquence du dommage est difficile à mesurer »

Les assureurs se montrent, par ailleurs, frileux, lorsqu’il s’agit de couvrir les pertes d’exploitation subies par les entreprises (faute de clients, par rupture d’approvisionnement des fournisseurs, parce que les salariés ne sont pas en mesure de travailler…). « La perte d’exploitation est relative. Par exemple, pour un commerçant, les achats peuvent être reportés ou réalisés en ligne. La conséquence du dommage est donc plus difficile à mesurer que pour un incendie ou une vitrine brisée », justifie François Nédey. Allianz France a choisi, pour sa part, de ne couvrir « que les clients de taille importante, exposés sur l’ensemble du territoire, en imposant des franchises importantes et des critères de déclenchement de l’assurance sans ambiguïté », précise M. Nédey.

Ce type de garanties s’est davantage développé à l’international, et notamment en Asie, particulièrement touchée dans les années 2000 par les épidémies de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et de grippe H1N1. Ainsi, entre 10 % et 15 % des clients d’Axa en Asie souscrivent une assurance « interruption d’exploitation » et 5 % d’entre eux ont spécifié le motif « maladie infectieuse ».

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