Philippe Wahl, l’homme qui veut sauver La Poste

Le PDG du groupe est reconduit à son poste, après avoir orchestré la fusion de sa filiale bancaire et de CNP Assurances. Cette opération, qui donne naissance à un géant européen de la bancassurance, doit permettre d’amortir l’effondrement du courrier.

Par Publié le 04 mars 2020 à 09h33 - Mis à jour le 04 mars 2020 à 09h35

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Le PDG de La Poste, Philippe Wahl, à l’Elysée, à Paris, en septembre 2019.

Ce soir-là, Philippe Wahl a remporté la bataille. Nous sommes au début du quinquennat d’Emmanuel Macron, et le ministre de l’économie a invité le PDG de La Poste à dîner à Bercy avec d’autres convives. « Sur le coup de 23 heures-minuit, Philippe Wahl et moi sommes passés dans mon bureau et nous avons discuté pendant plus d’une heure de l’intérêt de créer un pôle financier public », raconte Bruno Le Maire. Le patron de La Poste poursuit alors, depuis plusieurs années, le projet obsessionnel de rapprocher son groupe, dont le métier historique, le courrier, s’effondre, et la très rentable CNP, le numéro un de l’assurance de personnes en France, filiale de la Caisse des dépôts (CDC). Le ministre ne cache pas ses « inquiétudes sur l’avenir de La Poste ». L’opiniâtre Philippe Wahl, expert en dialectique, trouve les mots et les arguments. « Il m’a convaincu », explique aujourd’hui le ministre de l’économie.

Moins de trois ans plus tard, mercredi 4 mars, l’opération est bouclée. En donnant naissance à un géant européen de la bancassurance, elle doit, selon ses promoteurs, contribuer à assurer un avenir à La Poste. Fort de ce succès, Philippe Wahl, 63 ans, se voit reconduit à sa tête.

Au siège du groupe, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), aux portes de Paris, il nous reçoit avec l’allant du VRP dans son interminable bureau, tout en moquette crème et baies vitrées, œil pétillant, longue silhouette, souliers fins, costume marine ajusté. Une allure de banquier d’affaires, à ceci près qu’il porte le pin’s de la flèche postale, épinglé au revers de son veston. Il jubile.

« Une vraie performance »

L’opération, d’une complexité rare, qu’il a orchestrée a laissé pantois la place de Paris. « Le rachat de CNP était devenu un marronnier, souligne, sous le couvert de l’anonymat, un dirigeant industriel passé par La Poste. Tous les banquiers d’affaires avaient travaillé sur le dossier. » Plus personne n’y croyait. Le dernier refus datait du mandat de François Hollande : Pierre-René Lemas, alors patron de la CDC, avait mis son veto.

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Mais, en 2017, les cartes sont rebattues. Depuis qu’Emmanuel Macron a été élu, l’Elysée et Matignon se montrent ouverts au projet de Philippe Wahl, et le nouveau patron de la Caisse des dépôts, Eric Lombard, y est même tout à fait favorable. C’est le carré magique. Un schéma inédit sort du chapeau : celui de l’entreprise qui absorbe et se fait absorber. La Banque postale pourra mettre la main sur la très lucrative CNP, mais pour ne pas être dépouillée de son trésor de guerre, la CDC prendra le contrôle de l’opérateur postal. Ce n’est pas une mince affaire, car, depuis Louis XI, La Poste était détenue majoritairement par l’Etat. Malgré la réticence de ses services – l’Agence des participations de l’Etat (APE) –, Bercy donne son feu vert. « Je ne pensais même pas que c’était possible, j’avais pensé à tout, sauf à ça », reconnaît le banquier d’affaires François Pérol, coprésident du comité exécutif de Rothschild & Co, qui salue « une vraie performance ». D’autant que La Poste a remporté la mise sans bourse délier.

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