« Kone n’embarquera pas dans l’ascenseur de ThyssenKrupp »

Le géant allemand se sépare de son activité d’ascenseurs. Mais son concurrent finlandais est écarté au profit des fonds d’investissements, qui profitent du démantèlement des derniers conglomérats occidentaux et de la sévérité des autorités de la concurrence, analyse Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».

Publié le 18 février 2020 à 12h01 - Mis à jour le 18 février 2020 à 13h21 Temps de Lecture 2 min.

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Chronique. Les gratte-ciel de New York n’existeraient pas sans l’invention géniale de l’ascenseur. Dans les anciens modèles, en sortant de la cabine, il ne fallait pas oublier d’appuyer sur le bouton « renvoi », pour le ramener en bas et diminuer ainsi les temps d’attente, à la mesure de l’extrême lenteur de ces lourdes cages de fer et de velours. D’où l’expression « renvoyer l’ascenseur ».

Celui qui détiendra à jamais le record d’attente au rez-de-chaussée, c’est bien Kone. Le fabricant finlandais poireaute depuis vingt ans pour embarquer dans la cabine de son collègue ThyssenKrupp. Le conglomérat, fierté de l’Allemagne durant deux siècles, a pourtant décidé ce lundi 17 février de ne pas renvoyer l’ascenseur à son vieux concurrent nordique. Encore raté pour Kone qui rêve de mariage depuis si longtemps. Il pensait que le moment était venu avec le démantèlement de l’empire sidérurgique germanique.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Pour remonter la pente, ThyssenKrupp veut céder sa division ascenseurs

Au sommet de sa gloire, rien n’échappait au roi de l’acier, issu lui-même de la fusion des deux grands spécialistes du pays, Thyssen et Krupp, producteurs de sous-marins, de composants automobiles, de machines et d’escaliers mécaniques. L’heure des grands électromécaniciens est passée et, comme Alstom, Siemens, General Electric ou United Technologies, le temps de la spécialisation est venu, et donc celui de la vente par appartement. Pour sauver sa peau, l’allemand a tenté en 2019 la fusion de la dernière chance avec l’indien Tata, mais celle-ci a été refusée par Bruxelles.

C’est donc instruit de la sévérité des règles anti-concurrence qu’il a finalement rejeté les avances du Finlandais. Il faut dire que les autorités antitrust européennes ont de bonnes raisons de se méfier des ascenseurs. Ils sont si peu nombreux à tenir le marché. L’américain Otis, ThyssenKrupp, le Suisse Schindler et Kone détiennent l’écrasante majorité du marché en Europe.

Rasoirs et imprimantes

Ils n’ont pas hésité pendant des décennies à s’entendre entre eux pour se partager les clients. C’est la raison pour laquelle la Commission européenne leur a infligé en 2007 la plus grosse amende de son histoire, un milliard d’euros, dont la moitié payée par ThyssenKrupp, convaincu de récidive.

Mais ce qui fait le malheur du nordique fait le bonheur des fonds d’investissement. Ces prédateurs financiers que les politiques allemands qualifiaient dans les années 2000 de « locustes », ces sauterelles ou criquets qui, comme dans l’Ancien Testament ou en ce moment au Kenya, se rassemblent en nuages gigantesques et ravagent tout sur leur passage. Les géants américains Blackstone et Carlyle se sont associés face à Advent et Cinven pour mettre la main sur la pépite.

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