« La relation paternaliste entre l’éditeur et l’auteur est encore très présente »

Marion Montaigne, autrice de bande dessinée, est la présidente du jury de la 47e Festival international d’Angoulême. Elle revient sur la situation de précarité qui touche sa profession, l’inégalité des rapports avec les maisons d’édition.

Propos recueillis par Publié le 29 janvier 2020 à 10h16

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Marion Montaigne au Festival d’Angoulême en 2018.
Marion Montaigne au Festival d’Angoulême en 2018. JOEL SAGET / AFP

Autrice de bande dessinée à succès (« Tu mourras moins bête », Ankama, Dans la combi de Thomas Pesquet, Dargaud, 2017), Marion Montaigne est la présidente du jury du 47e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (30 janvier-2 février).

Il sera beaucoup question de l’appauvrissement des auteurs de BD à Angoulême, ces prochains jours. Que cela vous inspire-t-il ?

Les auteurs sont dans une telle situation de précarité qu’il leur est impossible de peser dans quoi que ce soit, aujourd’hui. Il n’y a finalement qu’un événement comme celui-ci pour se faire entendre. Certains n’ont même pas les moyens de payer leur carte d’adhésion à un syndicat. La corporation n’a quasiment pas de protection sociale et ses revenus ne cessent de baisser. Sa fragilité l’empêche de négocier. Le rapport de force est inégal.

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Inégal avec qui ? Les maisons d’édition ?

Oui. On s’entend dire : « Si tu n’es pas content, va voir ailleurs ; il y en a 25 autres derrière toi. » Tout le monde a peur de perdre son job. Cette relation paternaliste entre l’éditeur et l’auteur est encore très présente, même si le Syndicat national de l’édition [SNE] nous qualifie désormais de « partenaires », comme si nous étions d’égal à égal. Il y a vraiment d’un côté ceux qui quémandent [les auteurs] ; et de l’autre, ceux qui disposent [les éditeurs].

Cela n’est-il pas dû, aussi, à l’inorganisation de la profession ?

Le Syndicat des auteurs de BD [SNAC-BD], auquel j’appartiens, n’a été créé qu’il y a une dizaine d’années. Ses moyens sont insuffisants, ce qui est logique : comment financer un syndicat fort quand il n’y a pas d’argent ? Cela n’a rien à voir avec le cinéma où les rémunérations sont plus avantageuses. Dans l’animation, où j’ai travaillé, vous êtes payé une première fois pour l’exécution de votre tâche, selon des barèmes fixes, puis une deuxième fois à la diffusion. Dans la BD, non seulement vous n’êtes pas très bien payé à la fabrication, en vertu de tarifs subjectifs, mais vous ne touchez pas toujours de droits.

La solution ne serait-elle pas de confier ses intérêts à des agents ?

Il y en a quelques-uns, mais ils n’accompagnent que les auteurs de premier plan. La grande majorité d’entre nous n’a jamais appris, par ailleurs, à se plonger dans les contrats. Et puis, l’administration ne nous aide pas beaucoup. Il m’est arrivé d’envoyer 25 mails pour qu’on m’éclaire sur un point. C’est toujours à nous d’aller chercher l’information.

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