Quand les femmes investissent la ville

A l’occasion de la tenue de la quatrième édition du « Monde Cities », le 28 juin prochain à Paris, « Le Monde » explore l’implication croissante des citoyennes dans l’urbain, partout sur la planète

Publié le 24 mai 2019 à 14h57 - Mis à jour le 24 mai 2019 à 15h09 Temps de Lecture 2 min.

Elles étaient quatre en 2014, elles sont vingt aujourd’hui. Vingt femmes parmi les maires des villes du C40, cette organisation qui réunit 94 des plus grandes métropoles du monde dans la lutte contre le dérèglement climatique. Hier presque exclusivement masculine, la ville mondiale (global city) se féminise à grande vitesse, et pas seulement dans ses mairies. Cette évolution procède de multiples facteurs. Trois d’entre eux se détachent.

Le premier articule mutations urbaines et évolution des structures familiales. Favorisé par l’urbanisation, l’avènement de la famille nucléaire a distendu les liens qui prévalaient dans le modèle de la famille « étendue » et créé un espace nouveau d’émancipation pour les femmes dans la vie sociale et politique. Longtemps cantonnées à l’espace domestique, elles ont conquis une place dans la ville.

Le deuxième facteur procède du rôle nouveau que certaines institutions délèguent aux femmes. Les politiques de développement mettent ainsi de plus en plus l’accent sur leur rôle moteur dans l’économie et la société. « Les promoteurs du microcrédit revendiquent le fait de prêter de l’argent d’abord aux femmes, car elles font preuve d’une gestion tournée vers la communauté et elles ont un sens des responsabilités financières », observe, par exemple, la sociologue Anne Lambert, de l’Institut national d’études démographiques (INED). Les femmes apportent un regard neuf sur les problématiques urbaines et amorcent souvent une prise de conscience environnementale.

« Actrices du changement »

Une révolution copernicienne que décelait déjà, à l’orée du XXIe siècle, le prix Nobel d’économie Amartya Sen, père de la notion d’économie du bien-être. Il soulignait alors que si les objectifs prioritaires des féministes concernaient l’amélioration de la condition féminine et l’acquisition d’un statut équitable, leurs préoccupations – et c’est un troisième facteur d’évolution – s’élargissaient : « Des revendications “welfaristes”, on est passé à la prise en compte de leur rôle actif. Le changement de perception est notable : elles ne sont plus les destinataires passives d’une réforme affectant leur statut, mais les actrices du changement, les initiatrices dynamiques de transformations sociales, visant à modifier l’existence des hommes aussi bien que la leur. »

Cette mutation sera l’un des thèmes de la matinée de débats consacrée aux « villes monde », qui accompagnera la révélation des prix de l’innovation urbaine « Le Monde Cities », vendredi 28 juin, à Ground Control (Paris 12e). Nous avons choisi de l’illustrer dans ce supplément à travers trois exemples d’initiatives portées par des femmes pour changer la donne. A Moravia, un quartier historique de Medellin (Colombie) qui a longtemps été une monstrueuse décharge à ciel ouvert – 40 mètres de haut ! – tenue par les « narcos ». A Ramdev Nagar, l’un des bidonvilles de Bhuj, la capitale du désert de Kutch dans l’Etat indien du Gujarat, dévasté par un tremblement de terre en 2010 – 400 000 maisons détruites. A Hongkong, enfin, où 250 000 personnes sont mal logées ou sans abri.

Autant de situations, de prime abord inextricables, dénouées par des femmes. Elles ne sont pas une exception, souligne l’anthropologue Jacques Barou : « On voit des femmes s’investir dans la vie publique même dans des pays où elles sont encore essentiellement cantonnées à la vie domestique. Y compris face à des régimes à la fois répressifs et inefficaces, comme actuellement en Algérie et au Soudan (…). Elles savent qu’elles ont encore plus à gagner en termes de liberté que les hommes. C’est là un effet bénéfique de la mondialisation. »

Le Monde

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