Mory Kanté, le « griot électrique », est mort

Avec « Yéké Yéké », en 1987, l’artiste avait offert à l’Afrique l’un de ses plus grands succès internationaux. Il est décédé vendredi, à l’âge de 70 ans.

Par Publié le 23 mai 2020 à 10h37 - Mis à jour le 23 mai 2020 à 16h52

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Mory Kanté, en août 2008, au festival Sziget, à Budapest.
Mory Kanté, en août 2008, au festival Sziget, à Budapest. ATTILA KISBENEDEK/AFP

Deux mois après le saxophoniste camerounais Manu Dibango, « un autre baobab est tombé », peut-on lire parmi les commentaires qui accompagnent l’annonce de la mort, des suites d’une longue maladie, du chanteur et musicien guinéen Mory Kanté, le vendredi 22 mai, dans un hôpital de Conakry, capitale de la Guinée. Il était âgé de 70 ans. Surnommé « le griot électrique », il a donné à l’Afrique, avec Yéké Yéké, en 1987, l’un de ses plus grands succès internationaux, comme le furent Pata Pata (Miriam Makeba, en 1967), Soul Makossa (Manu Dibango) et A Vava Inouva (Idir) dans les années 1970, Didi (Khaled) et Sodade (Cesaria Evora), deux décennies plus tard.

« J’ai perdu un frère. C’était un musicien exigeant et un compagnon de bonne compagnie, avec un vrai sens de l’humour », déplore le claviériste et compositeur malien Cheick Tidiane Seck, qui joua avec Mory Kanté au sein du Rail Band de Bamako dans les années 1970, puis à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il l’avait convié à La Nuit du Mali, le 21 septembre 2019, à l’AccorHotels Arena, à Paris. « Mory était un très bon chanteur, un vrai talent », ajoute Christian Mousset, créateur du festival Musiques métisses d’Angoulême, où il l’avait invité à plusieurs reprises. Un talent peut-être un peu occulté par le succès de Yéké Yéké. »

Cette adaptation d’une mélodie mandingue traditionnelle, à l’origine chantée pendant la cueillette du mil, comme le rappelle Frank Tenaille, dans son livre Le Swing du caméléon (Actes Sud, 2000), fera un tabac après avoir été boostée aux boîtes à rythmes et sons électroniques, de même que l’album dont elle est extraite, Akwaba Beach (1987), produit par le Britannique Nick Patrick. Le grand public découvre alors la kora, une harpe-luth à 21 cordes, l’un des instruments-clés des griots d’Afrique de l’Ouest (appelés djélis en pays mandingue), les maîtres de la parole et de la mémoire, caste à laquelle Mory Kanté se rattache.

De Bamako à Paris

Né d’une mère malienne et d’un père guinéen en 1950, à Albadaria (près de Kissidougou, en Guinée), il grandit à partir de ses 7 ans auprès de sa tante, la griotte Maman Ba Kamissoko, à Bamako, capitale du Mali voisin, où il s’initie au chant et au balafon (vibraphone en bois), avant de jouer dans des fêtes familiales et des cérémonies. Le jeune homme entre à l’Institut des arts de Bamako et commence à faire danser dans les bals.

Sa carrière décolle quand il intègre en 1971 le Rail Band de Bamako, l’orchestre qui anime le buffet de la gare

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