Michel Piccoli, la consécration par le théâtre

Quand Michel Piccoli, mort le 12 mai 2020, à l’âge de 94 ans, évoquait son parcours, il disait : « C’est magnifique, non ? » Il fut le seul comédien de sa génération à avoir mené une carrière aussi belle au théâtre qu’au cinéma.

Par Publié le 18 mai 2020 à 14h31 - Mis à jour le 22 mai 2020 à 10h31

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Danièle Lebrun et Michel Piccoli jouent dans « Le Misanthrope », de Molière, en 1969, au Théâtre de la Ville, à Paris.
Danièle Lebrun et Michel Piccoli jouent dans « Le Misanthrope », de Molière, en 1969, au Théâtre de la Ville, à Paris. STRINGER/AFP

Il aura été l’homme d’une double vie : Michel Piccoli est le seul comédien de sa génération à avoir mené une carrière aussi belle au théâtre qu’au cinéma. Si l’écran lui a apporté la renommée, il a été consacré par le théâtre, où il a forgé son talent, dans les années 1950, et où il est revenu, dans les années 1980. Quand il évoquait ce trajet, Michel Piccoli disait : « C’est magnifique, non ? » Là, il y a un arrêt sur image : on revoit le comédien en train de parler, avec son sourire éclatant d’appétit, son élégance affable, son maintien au débraillé seigneurial et son visage plein, un brin romain, sur lequel le temps avait peu de prise.

Quand on lui faisait remarquer qu’il avait eu de la chance, Michel Piccoli ne démentait pas, mais corrigeait en précisant qu’il avait surtout eu beaucoup de discipline. Cette discipline lui venait de l’enfance, où il avait mesuré, auprès de ses parents musiciens, ce que l’art doit à la répétition. Il en avait aussi tiré une leçon : il ne serait pas comme eux, restés dans l’ombre d’un orchestre, pour son père violoniste, ou soumise à ses élèves, pour sa mère professeure de piano. Ce désir d’être dans la lumière, Michel Piccoli le tenait secret, comme ses gouffres. Et, comme il se savait lent, il a pris son temps.

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Paris sort de la seconde guerre mondiale quand il fait ses débuts. Le théâtre renaît, des salles ouvrent, des auteurs apparaissent : c’est une époque faste, surtout rive gauche, où en 1952, Jean-Marie Serreau inaugure le Babylone avec deux pièces de Luigi Pirandello jouées par Michel Piccoli et son épouse, Eléonore Hirt. Un an plus tard, assis dans la salle, le comédien assiste à la création d’En attendant Godot, de Samuel Beckett : « J’avais lu la pièce, et je dois avouer très honnêtement que je ne comprenais rien, tellement c’était nouveau », se souvenait-il. En 1983, il dira la même chose de Combat de nègre et de chiens, de Bernard-Marie Koltès, qu’il créera dans la mise en scène de Patrice Chéreau.

Jusqu’en 1965, où la France entière le découvre à la télévision dans Dom Juan filmé par Marcel Bluwal, Michel Piccoli joue une cinquantaine de pièces. Soit parfois cinq ou six par an. Soit de nombreux auteurs oubliés qui ont eu leur heure de gloire, comme Jacques Deval ou Ugo Betti, et des metteurs en scène eux aussi oubliés, comme Georges Vitaly ou Michel de Ré. Mais le temps retient Jean Vilar (Phèdre, de Racine, en 1957), Jean-Louis Barrault (La Nuit a sa clarté, de Christopher Fry, en 1962), et surtout Peter Brook avec la création du Vicaire, qui fait scandale, en 1963. Michel Piccoli y interprète Gerstein, le SS qui révèle l’existence des camps d’extermination au prélat du pape Pie XII. La police se tient devant le Théâtre de l’Athénée, où la pièce se joue, pour contenir les opposants à toute critique de l’attitude de l’Eglise catholique pendant la seconde guerre mondiale.

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