Idir, héros de la chanson kabyle, est mort

Avec « A Vava Inouva » (1973), ce fils de berger a donné à la chanson maghrébine son premier succès international. Il est mort le 2 mai à Paris, à l’âge de 70 ans.

Par Publié le 04 mai 2020 à 11h46 - Mis à jour le 05 mai 2020 à 21h16

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Idir, en 1999.
Idir, en 1999. PIERRE TERRASSON/DALLE APRF

Pionnier de la modernisation de la chanson kabyle, Idir est mort dans la soirée du samedi 2 mai à l’hôpital parisien Bichat-Claude-Bernard, où il avait été admis la veille. Il était âgé de 70 ans. Le chanteur et musicien algérien habitait à Vauréal, près de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), où il vivait retranché, depuis plusieurs mois, souffrant d’une fibrose pulmonaire.

Avec A Vava Inouva, dont il fut l’interprète et le compositeur (sur des paroles du poète Ben Mohamed), Idir aura donné en 1973 à la chanson maghrébine son premier succès international, traduit en une quinzaine de langues et diffusé dans plus de soixante-dix pays.

Cet homme d’une grande discrétion aimait prendre son temps pour partager ses réflexions sur l’Algérie, l’identité berbère, la langue française, la laïcité, les droits des femmes… Il en parlait avec douceur, pesant le sens de chaque mot. « Il a su rester humble, simple, facile d’accès, c’était un fédérateur, témoigne son ami Rabah Mezouane, ancien programmateur musical de l’Institut du monde arabe, à Paris. Il avait traversé les générations et au-delà de la communauté kabyle, rallié autour de lui un public arabophone et français. Il a marqué l’histoire la chanson maghrébine. »

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« Il est le plus universel des artistes amazighs [berbères], ajoute en écho Brahim El Mazned, directeur artistique du festival Timitar d’Agadir. Il a réussi à faire connaître cette culture qu’une grande communauté a en partage, dans une dizaine de pays d’Afrique et jusqu’aux îles Canaries, auprès d’un très large public. »

« Faire connaître mon identité »

Fils de berger, Idir naît le 25 octobre 1949 sous le nom d’Hamid Cheriet, à Aït-Lahcène, un village de la Grande Kabylie. Lorsqu’il commence à chanter, au début des années 1970, il prend un pseudonyme pour protéger ses parents d’une désillusion trop brutale. Eux rêvaient qu’il devienne ingénieur, après ses études en géologie.

Il choisit le prénom d’Idir pour exprimer sa sourde colère, ressentie dès 1962 au moment de l’indépendance du pays, lorsque l’arabe est proclamé langue nationale et officielle. L’adolescent enrage alors de voir sa mère regarder un journal télévisé auquel elle ne comprend rien. « Soudain, elle se retrouvait comme exclue de chez elle, se souviendra-t-il. J’étais révolté par un paradoxe. Je vivais dans un pays indépendant, dont les dirigeants tenaient des discours sur la libre expression des peuples, la liberté, et pourtant ne reconnaissaient pas ma culture maternelle. J’avais donc un besoin avide de conserver et de faire connaître mon identité niée par les autorités. »

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