La mort de Frida Wattenberg, ancienne résistante

Dès l’automne 1940, elle a rejoint plusieurs organisations clandestines. Après la guerre, elle contribuera à la recherche sur la résistance juive en France. Elle est morte le 3 avril, à l’âge de 95 ans, emportée par le Covid-19.

Par Publié le 08 avril 2020 à 16h48

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Frida Wattenberg en 1999.
Frida Wattenberg en 1999. EVVY EISEN / AFP

Frida Wattenberg est morte le 3 avril à Paris, à l’âge de 95 ans. Chevalier de l’ordre national du mérite et chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur, cette résistante juive de la première heure a été emportée par le Covid-19, quatre jours avant ses 96 ans.

Née à Paris, le 7 avril 1924, elle grandit dans le quartier du Marais, à Paris. Originaires de Pologne, ses parents, qui se sont rencontrés en France, se séparent lorsqu’elle a 6 ans. Dans les années 1930, elle rejoint l’Hachomer Hatzaïr, mouvement de jeunesse sioniste de gauche né en Autriche au début du XXe siècle. Dès l’automne 1940, âgée d’à peine 16 ans, elle adhère à la cellule gaulliste du lycée Victor-Hugo à Paris et colle des affiches dans les classes pour appeler les jeunes à la résistance.

Recrutée en 1941 par l’Organisation de secours aux enfants, elle aide à fabriquer des faux papiers pour des enfants juifs et leurs parents. Elle fabrique également des faux papiers avec Joseph Migneret, directeur de l’école des Hospitalières-Saint-Gervais, dans le 4arrondissement de Paris. Alors que Frida Wattenberg vient de passer l’oral du bac, sa mère est arrêtée le 16 juillet 1942 lors de la rafle du Vél’d’Hiv. Frida parvient à la faire libérer du camp de Drancy grâce à un certificat justifiant que sa mère travaille pour un atelier fournissant des vêtements à l’armée allemande.

Elle ne cesse de témoigner de son expérience

En 1943, elle rejoint la résistance juive à Grenoble, en zone d’occupation italienne, où elle aide à faire passer des enfants juifs d’Annecy en Suisse. Elle rallie ensuite l’Armée juive, autre organisation de résistance, basée à Toulouse, qui l’envoie après la Libération à Clermont-Ferrand, y saisir les archives du bureau des affaires juives. Des documents sur lesquels figurent les noms de juifs arrêtés et déportés qui permettront notamment à Serge Klarsfeld d’établir le Mémorial de la déportation des Juifs de France en 1978. Parmi les membres de sa famille déportés, quatorze sont morts dans les camps.

Après la Libération, elle travaille à l’Œuvre de protection des enfants juifs, qui prend en charge les enfants dont les parents sont morts en déportation, et milite pour la création de l’Etat d’Israël. Bénévole à l’association Mémoire juive de Paris, elle ne cessera de témoigner de son expérience auprès des élèves et de contribuer à la recherche sur la Résistance juive en France.

Avec l’Association des anciens de la Résistance juive en France, elle participe également, au sein du Mémorial de la Shoah, à la réalisation de l’ouvrage Organisation juive de combat. France 1940-1945 (Autrement, 2002). A travers plus de 500 témoignages, ce livre, élaboré entre 1996 et 2002, révèle comment une part importante de la population juive de France a pu survivre, entre autres grâce à l’action d’une résistance spécifiquement juive. Le Mémorial de la Shoah, qui a annoncé sa mort, a salué la mémoire d’une « femme de cœur » et d’une « combattante infatigable ».

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