La mort du militant trotskiste Michel Lequenne

Correcteur, spécialiste de Christophe Colomb, cet adepte du mouvement surréaliste est mort le 13 février, à Paris, à l’âge de 98 ans.

Par Publié le 14 février 2020 à 17h20

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Ayant vécu près d’un siècle, Michel Lequenne, militant, écrivain, critique d’art et historien, aura eu plusieurs vies. La plus longue partie de son existence (pendant plus de soixante-dix ans), il a été un militant politique, qui a eu des responsabilités dans le mouvement trotskiste. Autodidacte, il exerça plusieurs métiers, avant d’embrasser la profession de correcteur, entre autres à l’Encyclopaedia Universalis, puis au Journal officiel, où il terminera sa carrière. Parallèlement, il fut lié au groupe surréaliste, après la mort d’André Breton, et fut, parmi d’autres activités éditoriales, le traducteur et le biographe de Christophe Colomb.

Né le 25 mai 1921 au Havre, dans une famille de petits employés, il commença à travailler à l’âge de 14 ans. Marqué par les grèves de mai et juin 1936, il ne tarda pas à militer dans le mouvement des Auberges de jeunesse. L’Occupation le conduisit à rejoindre, en 1943, l’action clandestine de militants trotskistes. Il fut alors réfractaire au STO, le service du travail obligatoire, mais uniquement parce qu’« [il était] amoureux et [ne voulait] pas quitter [son] premier grand amour »… La lecture de L’Humanité clandestine, l’organe du Parti communiste français, qu’il trouvait alors entachée de chauvinisme, « raciste », dira-t-il, le conforta dans ses convictions internationalistes.

« Brigade Zan Zorès »

Mais, contrairement au pronostic émis par Léon Trotski en 1940, avant son assassinat au Mexique par un agent de Staline, à la guerre ne succéda pas la révolution mondiale… A Paris, dans le climat politique et intellectuel effervescent qui suivit la Libération, Michel Lequenne était totalement impliqué dans son activité militante. Pour lui et ses amis, la Yougoslavie de Tito, en rupture de ban avec Moscou, était la promesse d’un nouvel eldorado révolutionnaire. Il va donc, dès 1950, voir sur place, à la tête d’une « brigade Zan Zorès » (« Jean Jaurès » en serbo-croate !), animé d’un idéal qui restera intact malgré les ampoules aux mains dues à un usage immodéré de la pioche lors de la construction « militante » de l’autoroute Zagreb-Belgrade…

Dans les années 1950, le mouvement trotskiste français, après le départ de Cornelius Castoriadis et de Claude Lefort, connut une série d’affrontements internes et de scissions dont l’objet était le rapport avec les partis communistes. Michel Lequenne sera au cœur de la mêlée. De cette époque, il gardera une profonde aversion pour le sectarisme de certains, qui se retrouveront dans les organisations dites « lambertistes ».

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