L’écrivain Pierre Guyotat est mort à l’âge de 80 ans

Il restera comme l’auteur de deux œuvres majeures de la littérature française du XXe siècle, « Tombeau pour cinq cent mille soldats » et « Eden, Eden, Eden ».

Le Monde avec AFP Publié le 07 février 2020 à 18h44 - Mis à jour le 07 février 2020 à 21h24

Temps de Lecture 2 min.

L’écrivain Pierre Guyotat, lauréat du prix Médicis, en novembre 2018 à Paris.
L’écrivain Pierre Guyotat, lauréat du prix Médicis, en novembre 2018 à Paris. PHILIPPE LOPEZ / AFP

L’écrivain Pierre Guyotat, lauréat du prix Médicis en 2018, est mort dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 février à l’âge de 80 ans, a annoncé sa famille à l’Agence France-Presse (AFP).

Préférant la discrétion à la lumière, l’écrivain restera comme l’auteur de deux œuvres majeures de la littérature française du XXe siècle : Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967), peut-être le plus grand livre sur la guerre d’Algérie (adapté par Antoine Vitez à Chaillot en 1981) et Eden, Eden, Eden (1970), livre jugé pornographique par les autorités françaises de l’époque, interdit de publicité, d’affichage et de vente aux mineurs.

En 1970, ce deuxième livre avait manqué d’une voix le prix Médicis. Furieux de ce rejet, Claude Simon, futur Prix Nobel de littérature, avait démissionné du jury, provoquant un immense scandale. L’interdiction du livre ne fut levée qu’en 1981.

Lire son portrait : Pierre Guyotat, univers en expansion

Prix Médicis en 2018

M. Guyotat prit sa revanche quarante-huit ans plus tard en recevant le prix Médicis pour Idiotie. Dans ce livre, il revenait sur l’avant-Tombeau pour cinq cent mille soldats, extraordinaire livre de l’horreur et de la violence, inspiré à l’auteur par son expérience de la guerre d’Algérie. Evoquant l’entrée dans l’âge adulte de Guyotat, entre 1958 et 1962, Idiotie se déroule essentiellement en Algérie, guerre pour laquelle le père de l’écrivain lui avait obtenu un sursis, mais à laquelle le jeune homme avait décidé de participer en soldat. Le livre raconte l’époque où il commence à se faire publier (Sur un cheval, Seuil, 1961), et ses écrits lui valent de longues séances d’interrogation, ainsi que le cachot, au secret, pendant trois mois, pour « atteinte au moral de l’armée ».

Idiotie reste un texte essentiel pour comprendre le parcours personnel et littéraire de Guyotat, son rapport au colonialisme, à la pornographie, à l’abjection. « Politique jusque dans l’intime, Idiotie donne vie et voix à un corps ayant vaincu l’humiliation par le verbe », écrivait Claro, le feuilletoniste du « Monde des livres », lors de sa parution.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La vie saccadée des mots de Pierre Guyotat

En 2018 toujours, l’écrivain fut couronné par un prix spécial du jury du Femina et le prix de la langue française pour l’ensemble de son œuvre. La plupart des livres de Pierre Guyotat (romans, récits, poèmes et essais…) sont profondément marqués par son expérience traumatisante de la guerre d’Algérie.

Premier à réagir, l’ancien ministre de la culture Jack Lang a fait part de son « immense chagrin » après la disparition de son « très cher ami ». « Cet orfèvre des lettres, véritable virtuose, poète possédé par les mots, était un artiste unique, déterminé et exigeant », a posté M. Lang sur son compte Facebook.

« Pierre Guyotat laisse une œuvre immense, sans concessions, lumineuse », a pour sa part écrit sur Twitter le ministre de la culture, Franck Riester. « Peu auront poussé aussi loin le travail sur la langue française et su comme lui exprimer, jusque dans la souffrance, la vie et la beauté des corps ».

Le Monde avec AFP

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