Le poète Antoine Emaz est mort

Auteur d’une importante œuvre poétique qui compte une soixantaine de recueils, cet ancien professeur de lycée est mort le 3 mars, à l’âge de 64 ans.

Par Publié le 12 mars 2019 à 14h21 - Mis à jour le 12 mars 2019 à 14h21

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En 2008.

Mort le 3 mars à Angers, à l’âge de 64 ans, Antoine Emaz était un des poètes marquants de sa génération. Attentif à ses pairs, comme en témoignent d’innombrables notes de lecture données au site Poezibao, il a été, de 2009 à 2013, un président de la commission poésie du Centre national du livre (CNL) admiré et estimé. Mais il a longtemps choisi de s’effacer, donnant pour toute indication biographique : « Né en 1955, Antoine Emaz vit à Angers. Les poèmes disent le reste » – des poèmes d’où était absente la première personne du singulier. Cette discrétion le rapprochait de ses deux grands modèles, Pierre Reverdy (1889-1960) et André du Bouchet (1924-2001).

« Je repense, écrivait-il dans Lichen, lichen (Rehauts, 2003), à ce que Reverdy écrivait à propos de l’image et de son nécessaire détachement d’un cadre spatio-temporel précis. Il y a quelque chose de cela dans mon délavement, ma façon d’anonymer assez pour ne garder qu’une situation quasi impersonnelle. Mais Reverdy visait une sorte d’éternité, pas moi. » Professeur de lycée, Antoine Emaz a consacré une thèse aux recueils de notes de Pierre Reverdy, poète dont le rapproche sa « poésie du peu », capable de rendre la tension du quotidien. Il admirait aussi sa devise : « Faire face ».

Splendidement aride

Dans un essai, André du Bouchet : « Debout sur le vent » (Jean-Michel Place, 2003), Emaz fait état du choc qu’a provoqué, chez le jeune lecteur qu’il était, sa découverte admirative. « Cette rencontre a été brutale, inutile de le nier. A cette époque j’essayais d’écrire : j’ai cessé durant quatre ou cinq ans. » Durant l’été 1982, l’écriture de deux poèmes libère Antoine Emaz de l’emprise de cette œuvre poétique « radicalement juste » qui le fascine. Bien plus tard, une rencontre, un échange de lettres lui permettront d’expliquer à cet aîné bienveillant son propre parcours, « tout autant contre lui qu’avec lui ».

C’est le début d’une œuvre splendidement aride, qui comporte une soixantaine de recueils de poèmes, ou de livres d’artistes. Les plus anciens ont été rassemblés dans une anthologie, Caisse claire, poèmes 1990-1997 (Points, « Points Poésie », 2007) : elle reprend En deçà (Fourbis, 1990), ainsi que C’est (1992), Entre (1995) et Boue (1997) (tous trois publiés par Deyrolle). Dans Caisse claire passent des silhouettes de gens modestes dans un espace quotidien – on pense à Beckett, devant tel corps vieilli, tassé par son propre poids. « Arriver au bout n’est pas finir, plutôt n’en pouvoir demander à présent davantage. » Mais il y a le jardin, l’odeur de la glycine. « Le calme du végétal, note Emaz, une des seules voies profondes d’apaisement que je connaisse. »

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